Sur le RING

TDKR : the Legend lives

SURLERING.COM - CULTURISME - par David Vanneste - le 02/08/2012 - 15 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B



L’image est franche et appuyée, elle enlève la pudeur et la protection du vêtement pour nous montrer la chair dans ce qu’elle a de plus faible. L’image nous montre un torse couvert des blessures de tous les combats livrés, chacune des blessures marquant un souvenir précis et leur ensemble racontant une histoire, une lutte sans fin. Le torse cicatricié de Bruce Wayne est sa mémoire qu’il contemple parce qu’il espère apprendre de ses erreurs. Pourtant il sait qu’il ne pourra éviter les meurtrissures, que la seule fin possible viendra lorsque ce torse sera saturé de souvenirs; alors il fermera les yeux sur le monde à tout jamais. Lorsque Christopher Nolan a été annoncé comme responsable du ravalement de façade de la franchise Batman pour le cinéma, beaucoup de sourcils ont formé de drôles d’accents. Un cinéaste discret, relativement inexpérimenté et qui, de son propre aveu, ne connaissait rien à l’univers du Chevalier Noir. Au vu des trois films qu’il a livrés (Batman Begins, The Dark Knight, The Dark Knight Rises) il semble pourtant avoir parfaitement compris ce héros qui porte nos péchés et nous met face à nos lâchetés collectives et individuelles, vieux souvenir d’un autre torse lacéré il y a deux mille ans. Christopher Nolan a retenu précieusement les éléments les plus profonds de la bande dessinée pour pouvoir sortir le phénomène de son segment étriqué et projeter à la face du monde, grâce à de milliers d’écrans s’illuminant vingt-quatre fois par seconde, le dernier héros chrétien.



Il fallait beaucoup de perspicacité pour pouvoir, en chinant dans le fatras incroyable des antiquités Batman, trouver les bijoux qui peuvent encore briller jusqu’à nous aveugler. Plus de septante années d’aventures de l’homme chauve-souris... Un sacré grenier dans lequel on trouve beaucoup de poussière, des incunables où Batman est dépeint comme un détective sérieux et tatillon, des vieilleries kitschs avec un acolyte stupide, des objets dépassés qui tirent vers la science fiction, des statues grotesques et gothiques. Les plus belles pièces, celles retenues par Nolan, sont simples et complexes comme un cristal qui peut être résumé en quelques coordonnées mais multiplie les couches et les angles dans les trois dimensions. La pièce la plus importante est évidemment la première, créée par Bob Kane et Bill Finger en mai 1940. Bruce Wayne, jeune héritier d’une vieille famille aristocratique de Gotham, assiste au meurtre de ses parents et, faisant une prière à côté de son lit le soir, “jure sur l’âme de ses parents de venger leur mort en consacrant sa vie à combattre tous les criminels”. Tout est là et pourtant tout manque encore. Ce n’est que cinquante années après que deux créateurs fous à lier et très dissemblables, Frank Miller et Allan Moore, donneront à Batman trois magnifiques bijoux au travers desquels on pourra le voir sous ses traits définitifs. Entre 1986 et 1988, les albums Year One, The Killing Joke et le titanesque The Dark Knight Returns couvriront le héros d’horreur et de succès. C’est à partir de ces diamants que Nolan a gravé le signe du monstre sur pellicule, ce monstre si différent des autres monstres de la bande dessinée américaine. Christian Bale qui interprète Batman depuis 2005 l’a assez vite compris et dit à propos de son personnage: “Look, put it like this. If all the other superheroes were sitting together here in this room, they’d all be getting along fine with each other, but they’d be thinking, ‘What’s wrong with that dude sitting over there?’” En effet qu’est-ce qui ne va pas chez Batman? Il n’a pas de pouvoir surhumain et il veut combattre le crime. Tous les autres (Superman, Spiderman, les 4 Fantastiques, les X-men,...) ont des pouvoirs extraordinaires (force, sixième sens, élasticité, ubiquité,…) et se demandent qu’en faire; le fait qu’ils finissent par combattre le crime n’est que secondaire et cela constitue une différence absolument radicale. L’impact de Batman et la corde qu’il peut faire vibrer chez un large public vient donc d’un tout autre canal que celui de fascination qu’exercent les autres super-héros qui s’élancent, virevoltent, s’élèvent au-dessus des hommes. Les interprétations métaphoriques de ces sauveurs ont souvent donné lieu à beaucoup d’approximation et pas mal d’imbécilités qui se concentrent encore et toujours sur l’aspect social (1). Il semble que personne ne veuille voir complètement les composantes métaphysiques qui les ont modelés. L’Amérique premièrement. Si l’Amérique accueille ces super-héros depuis les années 1930, c’est que l’Amérique croit justement encore aux héros. Et aujourd’hui en 2012 c’est toujours le cas puisque l’Amérique abrite une véritable industrie qui peut produire des histoires de héros avec une capacité de projection mondiale. L’Amérique est encore capable de faire ce à quoi l’Europe ne rêve même plus (2). Chaque film héroïque américain est une gifle sur nos gueules de zombies pathétiques. L’autre grande source métaphysique est le judaïsme et c’est ici qu’on peut vraiment comprendre la spécificité des super-héros et la singularité totale de Batman. Si tous ces héros sont fabriqués en Amérique, ils sont créés par une communauté bien particulière, les juifs d’ascendance est-européenne. Les super-héros parlent bien de discrimination. La discrimination que le destin (araignée radioactive, mutations, rayons cosmiques,...) opère sur certains hommes en les parant de pouvoirs qui les élèvent. Qui les mettent face à des choix moraux cruciaux. Et cela renvoie à la culture commune de tous ces auteurs... Une culture de la discrimination suprême, unique sur cette Terre, l’élection d’un peuple particulier par Dieu. Quelque chose d’inédit et de difficile à digérer. Faut-il fermer sa gueule et s’intégrer sans faire de vagues? Faut-il se hisser à la hauteur des ses responsabilités pour faire quelque chose de bien tout en sachant qu’on sera toujours à part? Faut-il user de ses pouvoirs pour dominer? Questionnement pour les juifs, questionnement pour les super-héros. Sauf un. Un qu’on inclut dans cet aréopage mais qui n’est doté d’aucun pouvoir. Le seul pouvoir que Bruce Wayne a reçu de ses créateurs Robert Kahn et William Finger (juifs ashkénazes new-yorkais eux aussi), c’est une tragédie. Bruce Wayne a reçu de ses créateurs d’être couvert du sang des innocents et de porter la croix d’un combat qui n’aura jamais de fin. Batman a reçu le baptême chrétien de ses créateurs juifs.



Batman Begins, le premier volet réalisé par Nolan, reprend les thèmes et même l’imagerie de Year One. Les dessins de David Mazzuchelli inspirent les décors créés par Nathan Crowley, la magnifique photo de Wally Pfister et même le casting (Gary Oldman dans le film est le sosie du commissaire Gordon sur papier). Gotham City devient une vraie mégapole contemporaine remplie d’immeubles immenses et glacés, eux-mêmes entourés de quartiers délabrés et moites. La corruption est partout et mange tout. Au milieu de cela, Bruce Wayne, marqué par le souvenir de ses parents agonisant sur un trottoir anonyme et des derniers mots de son père avant de mourir “Bruce, n’aie pas peur.” (Karol Wojtyla aux dialogues?), fait un voyage initiatique pour comprendre que la lutte pour le souverain Bien est avant tout une conversation entre l’espoir et le désespoir. L’espoir de la Justice est une vertu mais le royaume de celle-ci n’est pas de ce monde. Douloureux apprentissage de Wayne qui devient un adulte au cours du film et comprend que la seule solution est de se battre comme un homme en rendant grâce à un symbole. Mais quelles peuvent-être les conséquences de cette lutte? Batman Begins touche un sujet particulièrement politique tout à la fin du film: l’escalade. Les forces qui se mettent en mouvement pour rendre justice n’attirent-elles pas les ombres de ceux qui se battent pour le pourrissement? Gordon parle à Batman de l’accroissement possible des forces de chaos: “We start carrying semiautomatics, they buy automatics. We start wearing Kevlar, they buy armor-piercing rounds...” Mais Batman n’est pas une assistante sociale un peu mièvre, il ne fait pas de plans quinquennaux pour la sécurité des habitants de Gotham. Batman est une anti-utopie, il est une force foncièrement individuelle prête à tous les sacrifices. La grâce tombe sur les individus, par sur les masses.



La relation entre le Bien et le Mal va prendre une importance capitale dans le deuxième film de Nolan qui nous enfonce un peu plus dans le noir. The Dark Knight est complètement écrasé par la performance de Heath Ledger qui livre un Joker absolument terrifiant. L’idée de génie de Nolan a été de prendre le thème central de la nouvelle The Killing Joke, la question du Mal et de son rapport avec le Bien, mais en évacuant l’explication de l’origine du Mal et l’accident qui va transformer un petit truand en Joker. Le film va même plus loin puisqu’on peut y voir le Joker sans cesse parler de son passé (“Do you know where I got these scars?” demande-t-il à chacune de ses victimes en se pourléchant les babines) pour mentir, inventer des histoires et brouiller les pistes comme pour mieux nous montrer que les racines du Mal sont bien plus profondes que les abus violents d’un père ou encore les drames conjugaux. Une note unique et assourdissante accompagne chaque apparition de ce Mal incarné dont les racines échappent aux formules des sorciers de la sociologie parce qu’elles sont avant tout métaphysiques. “Some men just wanna watch the world burn” prévient Alfred Pennyworth, le fidèle majordome et unique famille de substitution de Bruce Wayne. Le Mal dans le film et dans la bande-dessinée se révèle comme puissance d’égalisation. Le but du Joker est de détruire tout ce qu’il peut mais par dessus tout de montrer que tout peut être détruit et ramené vers lui, comme une sorte de trou noir aspirant toute lumière. Et pour le prouver il se livre à des expériences sociales sur la foule avec demande d’assassinats spectaculaires par média interposés! “I’ll show you that when the chips are down, these civilized people, they’ll eat each other.” Et d’enfoncer le clou définitivement “Ya see madness is like gravity, all it takes is a little push.” La gravité qui doit tous nous ramener au même niveau, qui doit nous rendre égaux sans possibilité de nous élever, écrasés contre le sol, étouffés dans le silence des profondeurs des grandes eaux. Batman pourra tout juste maîtriser le Joker, entouré de ses cerbères gardiens de l’Enfer, et être submergé par l’angoisse qui entoure le chemin de la vie terrestre en entendant le masque de mort lui dire : “you and me are destined to do this forever”. Incroyable dialogue où la caméra roule délicatement pour coller au visage du Joker qui parle la tête en bas et nous montrer qu’il est l’inversion du Bien. Dans cette atmosphère lourde et oppressante, un beau moment léger comme un nuage rachète le film et marque son empreinte chrétienne. Gordon allume le signal du justicier qui éclaire le ciel nocturne de Gotham; il ne le fait pas parce qu’il attend une apparition mais parce qu’il veut témoigner: “I like reminding everybody that he is out there.” Le signe de Batman trône sur la ville comme la croix du sauveur depuis la flèche de la cathédrale pour que personne ne puisse jamais oublier sa présence. Symbole phosphorescent du Bien droit dans le ciel, sourire du Mal inversé qui grimace vers le sol. Ce n’est pas pour rien que Batman s’appelle le Dark Knight et le Caped Crusader.



Le troisième film, The Dark Knight Rises, qui conclut l’arc narratif construit par Christopher Nolan, noircit les traits. Bruce Wayne a vieilli et Batman a disparu. La ville semble avoir regagné une certaine paix et l’élite dirigeante est satisfaite. Après avoir menti sur le rôle de Batman et en avoir fait un paria, elle se prépare à se débarrasser du commissaire Gordon, vieux symbole encombrant qui radote sur la nécessité de la vigilance éternelle contre le Mal qui rôde sans cesse. A peine les choses vont-elles un peu mieux que le malheur doit frapper encore plus fort. Les thèmes principaux viennent en partie de la fourmillante histoire The Dark Knight Returns de Frank Miller. D’abord la trahison des élites qui cherchent à éviter leurs responsabilités et passent leurs temps à soigner leurs images et à en envoyer aux masses. Le maire de Gotham dans le film va faire des sourires devant les caméras de télévision lors d’un match de football quand son jumeau de bande-dessinée passe son temps à déclarer qu’il n’a rien à déclarer (3). Il y a ensuite la dangerosité de la foule, son ressentiment, son inconséquence et sa malléabilité. Le monde est rongé de l’intérieur par le péché et ces kilomètres de galeries souterraines où se cachent les méchants grouillants qui feront s’effondrer la ville sur elle-même alors qu’on entend un enfant chanter l’hymne national: “Can you see by the dawn’s early light/What so proudly we hailed at the twilight’s last gleaming”. Que nous restera-t-il après la nuit? Face à cet effondrement, le héros est désemparé, maintenu à l’écart et brisé. Son rôle de symbole a été rompu par mensonge pour acheter une certaine paix au détriment de la Justice. Sa vie d’homme a perdu son sens à cause d’un autre mensonge concernant la femme qu’il aimait mais qui ne l’aimait pas en retour. L’existence est vue comme un puits de souffrance, une prison circulaire dont on essaie de s’échapper par le haut. Pauvre petite chauve-souris qui tente de voler vers la lumière... Mais dans cette prison, Bane le chef des méchants fait un aveu capital à un Bruce Wayne au fond du trou: il ne peut y avoir de désespoir sans espoir. Il avoue la supériorité totale du Bien sur le Mal puisque ce dernier ne peut que se nourrir du premier. Dieu ne combat pas avec le Diable, ça c’est le lot des hommes. La mort semble être la seule issue du combat proposée dans le film qui se conclut par une citation d’un roman de Dickens: “It is a far, far better thing that I do that I have ever done. It is a far, far better rest that I go to that I have ever known.”



Maintenant que tout semble fini et que les trois films font pleuvoir les dollars dans les studios de la Warner, Hollywood pourra-t-il convaincre Christopher Nolan de continuer et faire un quatrième film? Un fourthquel, un spin-off, un reboot? En fait le réalisateur anglais a déjà fait tout cela dans un des films les plus dépressifs jamais montrés dans les salles, son premier film, Memento, sorti en 2000. L’horreur du meurtre de sa femme innocente donne à Leonard Shelby un seul et unique but dans sa vie, en lui enlevant au même moment ses capacités de mémoire. Tout au long de son périple de vengeance qui nous est dévoilé à l’envers, on plonge dans l’enfer d’une quête impossible de justice au milieu d’une humanité qui ne cherche qu’à le ramener dans la vase. Il est seul sur son chemin mais se force de continuer à marcher: “I have to believe that my actions still have a meaning.” L’image nous montre le torse-mémoire de Leonard Shelby, un troisième torse supplicié, sur lequel sont écrits les souvenirs du combat qu’il doit recommencer perpétuellement. Un homme prisonnier entre le désir d’un absolu qu’il ne peut obtenir et d’une satisfaction subjective qui ne le calme pas. Christopher Nolan est aujourd’hui le nouveau roi d’Hollywood, un curieux cinéaste qui filme les hommes luttant pour un Royaume qui n’est pas de ce monde.

David Vanneste

(1) Sérieusement, les X-men comme métaphore des mouvements de lutte pour les droits civiques comme on peut le lire partout? Des mutants surdoués et dominant les hommes comme image des prolétaires afro-américains qui ont des problèmes pour s’inscrire dans les universités de l’Alabama. Quelqu’un y croit pour de vrai?

(2) Puisqu’il y a un peu de place et qu’on peut faire les frais d’une parenthèse, il faut revenir à la gifle définitive, celle qui aurait du provoquer la réaction d’orgueil ou le suicide honteux de plusieurs millions d’Européens. En juin 2007, une flopée de couilles molles politiciennes aux commandes de l’Allemagne s’est opposée au tournage de Valkyrie par Bryan Singer (qui a justement ramené les super-héros au cinéma ave la première adaptation de X-men en 2000) sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des officiers patriotes allemands menés par le colonel Von Stauffenberg. La raison était que l’acteur-producteur du film, Tom Cruise, était membre de l’église de scientologie. Pas bien. C’est à ce genre de petits faits qu’on mesure notre mort européenne. Un homosexuel caché scientologue (Cruise) et un homosexuel ouvert juif (Singer), tous les deux Américains, rendent hommage à un héros viril catholique dont l’Europe n’a pratiquement jamais parlé. Ils réalisent un film sobre et classe qui se termine par l’exécution de Von Stauffenberg qui hurle de tous ses poumons: “Long live sacred Germany!”. Voilà la réalité de notre état de décrépitude. Nos sommes morts et l’Amérique est encore assez naïve pour croire qu’elle peut nous ramener à la vie.

(3) Frank Miller fait de la télévision le personnage principal de la bande dessinée The Dark Knight Returns. C’est une mine d’idées géniales qu’on ne peut détailler ici, il faut s’y plonger: le psychologue au visage hitlérien qui accuse Batman d’être mû par la frustration sexuelle et responsable de la violence à Gotham, l’omniprésence des faux-débats stériles,... En 1988, Miller comprend déjà que la télé vend du temps de cerveau disponible à Coca Cola mais surtout, plus dangereusement encore, aux gardiens du camp d’expérimentation et d’extermination sociale. C’est du Philippe Murray en bande dessinée.



Toutes les réactions (15)

1. 02/08/2012 20:11 - Orchid

OrchidAnalyse interessante. Rien sur double-face, c'est bien dommage, je trouve ce personnage fascinant car paume entre deux mondes. Une espece de nihiliste qui utilise le sort (sa piece de monnaie) pour decider de ses actions.

2. 04/08/2012 01:29 - Tléciane

TlécianeArticle magnifique qui résume le pourquoi de toute l'admiration que je porte à la sublime fresque de Nolan, son interprétation incroyable et finalement très chrétienne de Batman. Merci à l'auteur. Quel texte!
C'est une impression si agréable de retrouver tout son propre ressenti à travers les mots clairs d'un véritable écrivain (je ne connais pas l'auteur mais il ne peut pas être autre que ça vu cet article).

Je suis très heureuse de voir que Surlering consacre une page à ce Batman. Excellent choix, très bien vu, totalement pertinent!

(ps: je vais revoir une 2e fois le film au cinéma... une telle analyse donne envie de s'y replonger).

3. 05/08/2012 15:31 - M.14

M.14Apprécié le personnage de Bain, si calme et posé dans sa violence. Il n'y a aucun doute que ce film est politique, ensuite chacun y tirera son parti, sa morale, son anarchie, voir sa chrétienté. Un point noir cependant : la mort de Cotillard dans son cametard/bombe. Scène que Nolan eût dû jeter à la poubelle, mais il devait certainement enchaîner des litrons de vodka lors du bouclage de son DKR. Avant cela, il y eut aussi le basculement du scénario stipulant que ladite Cotillard était l'enfant né de l'enfer, et non Bain, sans oublier un Michael Caine un peu trop pleurnichard.
Dommage, Nolan eût dû rester sur le personnage de Bain jusqu'au bout, développer plus en profondeur son profil psy, peut-être y intégrer une discussion finale entre lui et Wayne.
Cela reste un très bon film, la scène d'ouverture déglingue tout. Quant au maître de musique, une fois de plus Hanz Zimmer. Que dire... A Genius.

4. 10/08/2012 14:49 - Skostiss

SkostissAnalyse convaincante, mais je pense que Vanneste confond intention du réalisateur avec le résultat à l'écran. Autant je suis vraiment convaincu par le 2eme volet (joker parfait, mensonge autour de Dent...) qui révélait dans toute sa noirceur le sacrifice du héros pour un peuple dégénéré et ingrat, autant le 3ème est pathétique. Combat Batman/Bane à peine plus émouvant qu'un combat de catch, (revoir la mort d'Alex Murphy dans Robocop par un cinéaste qui lui sait faire parler la chair à l'écran), "résurrection" par remise de vertèbre hilarante, sauvetage de Gotham en pilote automatique, ellipses scénaristiques insupportables ( les policiers coincés en sous sols pendant des semaines qui ressortent tout propres...) Bref, pas trop convaincu par un "héros chrétien" qui prend sa retraite en Italie avec une catwoman qui pour le coup est le personnage le plus intéressant.
Je passerai vite sur l'omniprésence de la musique...
Nolan est décidément très surestimé..il devrait revoir verhoven ou friedkin pour faire d'une bonne intention un vrai scenario et prendre quelques lecons de montage pour transformer ses ambitions en cinéma.

5. 10/08/2012 14:49 - Skostiss

SkostissAnalyse convaincante, mais je pense que Vanneste confond intention du réalisateur avec le résultat à l'écran. Autant je suis vraiment convaincu par le 2eme volet (joker parfait, mensonge autour de Dent...) qui révélait dans toute sa noirceur le sacrifice du héros pour un peuple dégénéré et ingrat, autant le 3ème est pathétique. Combat Batman/Bane à peine plus émouvant qu'un combat de catch, (revoir la mort d'Alex Murphy dans Robocop par un cinéaste qui lui sait faire parler la chair à l'écran), "résurrection" par remise de vertèbre hilarante, sauvetage de Gotham en pilote automatique, ellipses scénaristiques insupportables ( les policiers coincés en sous sols pendant des semaines qui ressortent tout propres...) Bref, pas trop convaincu par un "héros chrétien" qui prend sa retraite en Italie avec une catwoman qui pour le coup est le personnage le plus intéressant.
Je passerai vite sur l'omniprésence de la musique...
Nolan est décidément très surestimé..il devrait revoir verhoven ou friedkin pour faire d'une bonne intention un vrai scenario et prendre quelques lecons de montage pour transformer ses ambitions en cinéma.

6. 14/08/2012 06:50 - Lanti

Lanti@Skostiss.
Je suis sorti du cinema avec la meme impression.
Rien de magnetique dans ce batman, contrairement au precedent.
Robin a les memes expressions zelees qu'un terminator, Cotillard devrait songer a arreter les roles de jolie salope, Bane est une boursouflure absolument pas credible. La charge finale des policiers frole le grotesque.

7. 15/08/2012 15:47 - OfcourseBane

OfcourseBaneMerci pour cette superbe analyse, brillante et documentée, c'est tellement rare.

Concernant le film, mon humble opinion est que le dernier est le plus réussi des 3, surtout grâce à Bane, tellement plus rationnel, plus efficace, plus moderne donc plus terrifiant que le Joker. "Sometimes, the pit sends something back"
Le premier duel avec Batman est un moment d'anthologie, judicieusement placé dans le film (tout le monde attendait le back-breaker du comic en conclusion, pas au milieu).
Les scènes de pures actions coupent le souffle, et les personnages secondaires sont très réussis, tout particulièrement Catwoman, la seule à continuellement osciller entre le Bien et le Mal.

Et j'imagine que les lecteurs du Ring auront apprécié toutes les références esthétiques à notre Glorieuse Révolution Française (prise de la Bastille-Blackgate, Tribunal du Salut Public, nuit du 4 aout et une certaine rhétorique "mélenchonienne" du discours.)

Un chef d'oeuvre, chrétien donc.

8. 16/08/2012 10:56 - Gary

GaryExcellente analyse, mais je me joins à d'autres commentaires pour insister sur la nécessité de distinguer intention et réalisation de la part de Nolan (dans la seconde, il n'est pas toujours bon). Plus accessoirement, concernant les héros "dépourvus de pouvoirs paranormaux", je crois que l'on peut citer Daredevil, que j'aime bien.

9. 22/08/2012 18:50 - Tom

TomExcellent article. Quel plaisir de lire une critique pertinente sur le net, merci M. Vanneste!

10. 25/08/2012 16:06 - Benway

Benway C'est vrai qu'on oublie trop souvent Daredevil, à mon sens au moins aussi intéressant que Batman, car éternellement le cul entre deux chaises: l'ancienne racaille qui défend le jour en tant qu'avocat des criminels qu'il persécute la nuit en rendant une justice toute personnelle.

11. 28/08/2012 16:03 - San Marco

San MarcoJe ne sais pas comment vous faites pour aimer les 3 films de Nolan, mais je n'arrive pas à accrocher cette nouvelle façon de filmer le cinéma d'action depuis qq années. Tout va trop vite en permanence,
utilisation des effets numériques jusqu'à l'indigestion, dialogues minimalistes, émotions noyées sous l'abondance visuelle etc.
Revenir à un peu plus de simplicité ferait bcp de bien.

12. 04/09/2012 11:49 - David Vanneste

David VannesteMerci pour les commentaires. Effectivement il s'agit de s'intéresser aux intentions de Nolan, pas de discuter les qualités et défauts de ses films (la presse classique s'en charge).
Il semble que ces intentions ne soient plus vraiment à l'ordre du jour. D'après ce que je viens de lire, les super-héros vont enfin sortir de la superficialité (le Bien, le Mal, tout ça) et donner leurs vies pour la lutte contre les discriminations sexuelles :
http://www.lesoir.be/culture/livres/2012-08-29/batwoman-l-heroine-super-gay-934669.php

13. 06/09/2012 20:43 - Tom

TomVous ne croyez pas si bien dire M. Vanneste, les super-héros d'aujourd'hui doivent être à l'image de notre société. Même les héros des DC comics obéissent à la loi du multiculturel omnipotent:

http://www.abcactionnews.com/dpp/entertainment/arab-muslim-simon-baz-to-join-green-lantern-comic-book-series

Un super-héro musulman, irruption tonitruante de la religion dans la sphère des super-pouvoirs. Cela pose, au passage, quelques questions utiles sur les capacités d'identification, et donc d'assimilation, du public visé.

14. 08/09/2012 16:42 - San Marco

 San MarcoS'il s'agit de ne s'intéresser qu'aux intentions de l'auteur pourquoi regarder le film ? Autant ne lire que les bd, au moins on ira à l'essentiel et dans de meilleures conditions.

15. 05/11/2012 10:09 - Timothée Gérardin

Timothée GérardinC’est le paradoxe à la mode : pour redorer le blason d'un héros de cinéma, il faut d’abord l’assombrir...

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Analyse interessante. Rien sur double-face, c'est bien dommage, je trouve ce personnage fascinant car paume entre deux mondes. Une espece de nihiliste qui utilise le sort (sa piece de monnaie) pour...

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