Sur le RING

Robert Culat aux frontières du riff

SURLERING.COM - SOUNDTRACKS - par Armand Durand - le 20/12/2011 - 3 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

S'il ne vous reste qu'une lecture avant la fête de la naissance de Jésus de Nazareth, plongez dans l'esprit du Père Robert Culat, dernier nirvana du Ring 2011.

Entretien fleuve recueilli par Armand Durand.


1. Mon Père, vous n'êtes pas issu d'un milieu spécialement croyant. Je crois qu'à l'origine vous vous êtes converti à l'adolescence, et que sur ce terreau a très rapidement fleuri une vocation sacerdotale. Vous sentez-vous plus spécialement proche de quelques grandes figures de sainteté, ou de certaines traditions spirituelles ?

Père Robert Culat : C’est en effet à l’âge de 13 ans (en 1981) que je me suis converti à la foi chrétienne. Avec le recul des années cette conversion demeure pour moi un mystère (au niveau du comment elle a pu avoir lieu d’une manière aussi rapide et imprévisible). D’autant plus que l’appel à devenir prêtre a retenti dans la foulée, le jour de ma première communion… L’action de Dieu dépasse toujours le cadre de nos institutions humaines et ecclésiales. Elle n’est jamais conditionnée par quoi que ce soit. Elle est vraiment pure grâce. Je n’avais rien fait pour mériter un tel cadeau et il m’a pourtant été fait ! Le fait que je sois un croyant et un prêtre issu d’une conversion me rend sensible à la situation des athées et des agnostiques. Il m’est beaucoup plus facile de me mettre à leur place car je sais par expérience que l’acte de foi est d’abord de l‘ordre de la grâce divine. L’initiative libre de Dieu est première par rapport à notre disposition humaine. Les catholiques qui l’ont toujours été « depuis leur naissance », parce que nés dans une famille croyante, ont tendance à oublier qu’on ne naît pas chrétien mais qu’on le devient et que la foi ne peut jamais se transmettre à la manière d’un patrimoine génétique. La foi n’est pas un automatisme familial et encore moins national ou historique (je suis né dans un pays « chrétien »). La foi est essentiellement la merveilleuse rencontre entre Dieu qui se donne et une personne qui ouvre son cœur à ce don et y répond librement « oui ». La tradition spirituelle de l’Eglise catholique est extrêmement riche et belle. J’ai reçu mon catéchisme intensif de converti chez les Pères Coopérateurs du Christ Roi (à Chabeuil). Dès le départ j’ai donc été marqué par la tradition ignacienne. J’ai d’ailleurs vécu à plusieurs reprises les Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. J’ai pour saint patron un cardinal jésuite de l’époque de la réforme catholique : Robert Bellarmin. J’admire l’histoire de la Compagnie de Jésus et les grandes figures jésuites, tout particulièrement dans le domaine de l’évangélisation (saint François-Xavier), de l’inculturation de l’Evangile (Matteo Ricci, Roberto de Nobili, les réductions jésuites du Paraguay dont le beau film Mission se fait l’écho) et de celui du dialogue entre foi et science et foi et culture. Beaucoup de jésuites des 17ème et 18ème siècle ont été des hommes d’un grand courage apostolique et d’une intelligence de la foi rarement atteinte à ce niveau-là dans l’ouverture à des cultures différentes.  Parmi eux un grand nombre avaient des compétences étendues dans le domaine de l’art ou de la technique (frère Andréa Pozzo, Giuseppe Castiglione, Michel Benoist) et des sciences (Alexandre de Rhodes, Bartolomeu Lourenço de Gusmão). Sans oublier l’admirable apostolat de Saint Pierre Claver auprès des esclaves noirs de Carthagène en Colombie. La tradition bénédictine m’a aussi marqué pour son sens de la vie communautaire et de la prière liturgique. Dans mon diocèse d’Avignon j’ai souvent participé avec joie aux offices de Laudes et de Vêpres du monastère traditionaliste de Sainte Madeleine du Barroux. La beauté, la pureté et la sobriété des offices en chant grégorien émeut mon âme de croyant. J’aime beaucoup la figure de Saint Jean Bosco, ce prêtre italien du 19ème siècle, fondateur des salésiens, qui a consacré toute sa vie à l’éducation et à l’évangélisation des jeunes. Il leur a proposé l’Evangile de Jésus comme une spiritualité de la joie et de la simplicité. Enfin plus proche de nous dans le temps la figure du prêtre suisse Maurice Zundel (1897-1975), un converti venu du protestantisme, dont les écrits me remplissent d’émerveillement et me soutiennent dans ma foi et dans mon sacerdoce. Zundel ne cesse de dire qu’une religion sans spiritualité personnelle véritable n’est qu’une caricature, et son message est d’une actualité brûlante à notre époque où toutes les grandes religions ont tendance à se replier sur une affirmation rigide de leur identité et à rechercher un certain pouvoir. Alors que le but premier de la religion est de servir et de favoriser les rapports d’une âme avec son Dieu. A la suite de saint Augustin, Zundel considère que l’essentiel de la religion se trouve dans l’intériorité du cœur humain qui, au contact de la grâce divine, se libère peu à peu de toutes ses pesanteurs. La foi n’est pas d’abord une affaire de connaissance dogmatique, elle est ce qui permet une expérience réelle de rencontre avec Dieu Trinité (un recueil de textes choisis de Zundel porte le titre significatif de Vivre Dieu).

2. Et avez-vous lu certains Pères de l'Église ?


RC : Comme tout prêtre j’ai suivi au séminaire des cours de patristique et de patrologie. Dans l’Office des Lectures du bréviaire je lis parfois avec joie certains textes des Pères, particulièrement ceux de Saint Irénée et de Saint Augustin. Mais en dehors du bréviaire je ne suis pas un lecteur assidu des Pères.

3. Et plus tard, amour du Metal. Comment un jeune prêtre entamant son ministère en vient à aimer ça ? Racontez-nous, une fois encore, votre chemin de Damas métallique.

RC : Parler de chemin de Damas métallique ne correspond à la réalité de ce que j’ai vécu… Car je ne me suis pas converti au Metal, j’ai découvert cette musique, c’est différent ! Cette découverte s’est faite de la manière la plus naturelle possible dans le cadre de mon ministère de prêtre auprès des jeunes. En 94 j’avais dans mon aumônerie de lycée deux jeunes catholiques au look inhabituel pour moi. J’ai su par la suite qu’ils étaient fans de Metal et qu’ils en jouaient dans un groupe nommé Cortège. Le reste est lié à ma curiosité intellectuelle. De la curiosité de connaître cette culture je suis passé à l’intérêt puis ensuite j’ai pu apprécier pour moi-même certaines sonorités métalliques ! Le Concile Vatican II encourage les chrétiens à savoir lire les signes des temps. C’est-à-dire à trouver dans le quotidien de leur vie les appels de Dieu. Ces jeunes m’ont interpellé. Et j’ai ressenti de la part du Seigneur un appel à étudier et à connaître cet univers réputé sulfureux et antireligieux. Je voulais savoir ce qu’il en était vraiment. Mon expérience me montrait, très concrètement, deux jeunes catholiques bien dans leur peau, piliers de l’aumônerie avec une maman catéchiste, qui aimaient cette musique… Donc les choses n’étaient pas aussi simples que cela, comme toujours lorsque l’on consent à quitter l’idéologie pour accepter la réalité complexe des faits. J’ai depuis baptisé le premier enfant de l’un d’entre eux. Et en juillet 2012 je célébrerai le mariage religieux d’un fan de black Metal, musicien dans un groupe.

4. Vos goûts en la matière ? Et éventuellement hors Metal ?

RC : Dans ce genre de réponse j’oublie toujours un ou deux groupes, mais voilà les dix premiers groupes qui me viennent à l’esprit, dix parce qu’il faut bien s’arrêter ! Opeth, Katatonia, Dornenreich, Primordial, Negura Bunget, Agalloch, Emperor, Shining (le groupe suédois), Strapping Young Lad et Tool. Bien avant ma découverte du Metal j’ai toujours été un grand amateur de la musique de Mozart et particulièrement de ses opéras. Pour moi Mozart représente un sommet dans la perfection de l’art musical. Le Stabat Mater de Pergolese est aussi l’une de mes références dans le domaine de la musique classique.

5. Comment en êtes-vous venus à écrire un premier livre ("L'Âge du Metal", Camion Blanc, 2007) ?

RC : C’est tout simple. J’étais insatisfait de ce que j’avais pu lire sur la culture Metal de la part de chrétiens, protestants ou catholiques. Les affirmations de ces livres ne collaient pas avec mon expérience personnelle. Dès le départ j’ai voulu écrire un livre qui serait différent de l’éternelle condamnation du Metal comme musique dangereuse et satanique et de la présentation méprisante des métalleux comme des adolescents dégénérés et débiles ... Mais je ne voulais pas seulement partir de mon expérience personnelle. J’avais besoin d’un support plus « objectif ». D’où l’idée de lancer en 2000 parmi les métalleux de France un questionnaire-sondage intitulé « Etude sur la planète Metal » et qui était anonyme (ils ne savaient pas que cela venait d’un prêtre catholique et ils n’étaient pas obligés de décliner leur identité). Le but de ce questionnaire était d’établir le profil du métalleux français et de son rapport à la musique. Ayant reçu 552 réponses je me suis dit que je pouvais passer à l’étape suivante qui m’a pris 7 ans : synthèse des résultats reçus et écriture du livre. La première partie donne les résultats commentés du sondage, la deuxième partie des articles de fond sur le rapport religion / Metal, sur les paroles, les pochettes de CD, les différents styles de Metal etc. Je me suis entouré de collaborateurs pour certaines sections plus techniques du livre (annexes 10 et 11), pour la synthèse des résultats et pour la traduction des paroles (annexe 9).



6. Cela a donc permis beaucoup de rencontres… Y compris avec des figures de la scène ?

RC : Mon livre étant d’abord une étude sur ceux qui écoutent et pratiquent cette musique, la dimension de la rencontre avec les fans était capitale. J’ai donc privilégié dans la mesure du possible ces rencontres. Soit lors des concerts, soit en dehors. Pour les figures de la scène c’était souvent après un concert backstage comme avec le leader d’Opeth Mikael Åkerfeldt par exemple.

7. Et je crois que vous avez un autre livre en préparation ?

RC : Oui, avec Nicolas Bénard nous venons d’achever un tapuscrit sur le groupe suédois Opeth. Je me suis occupé de la deuxième partie de ce livre consacrée aux paroles et aux thématiques du groupe tout au long de sa longue carrière (10 albums). Le livre devrait sortir chez Camion Blanc en 2012.

8. Comme vous êtes également un fan parmi les autres, vous allez quand vous le pouvez à certains concerts. Mais vous y allez en col romain… Expliquez-nous cette démarche qui pourrait passer pour provocatrice.

RC : Au départ c’était dans un but expérimental. Voyons ce que la présence d’un prêtre provoque comme réaction dans un concert de Metal… J’aime bien fonder mes affirmations sur des faits. Le résultat de cette expérience est que je n’ai jamais été agressé ni physiquement ni verbalement parce que j’étais prêtre. Ensuite cette tenue reconnaissable me permet des contacts intéressants avec des métalleux croyants ou incroyants. C’est toujours très enrichissant lorsque cela a lieu et cela permet aussi de faire reculer des préjugés de part et d’autre. Je crois beaucoup, à la suite du pape Paul VI (cf. son encyclique Ecclesiam Suam) et du Concile Vatican II, aux vertus du dialogue. En même temps c’est ma tenue habituelle, alors pourquoi devrais-je me camoufler parce que je participe à un concert de Metal ? Cela voudrait dire que j’ai honte d’écouter du Metal ou que j’ai peur de montrer ma foi chrétienne et mon engagement de prêtre…

9. Et dans ces concerts, avez-vous vu ou entendu des choses qui vous auraient choqué ?

RC : Je n’ai rien vu de particulièrement choquant. Ce sont tout simplement des jeunes qui se défoulent dans une ambiance festive. Quant à entendre, cela dépend de qui on parle ? Du chanteur du groupe ? Ou des fans dans la salle ? Pour les fans là encore rien de choquant, rien de plus que ce que le jeune français moyen peut dire à un prêtre qui est pour lui une espèce d’extraterrestre, surtout à cause du célibat ecclésiastique et de la continence sexuelle qu’il implique. De la part des groupes : ils chantent souvent en anglais avec une voix incompréhensible dans le death et le black Metal… Certainement il y a eu des paroles choquantes du point de vue de la foi chrétienne. Mais difficile de les enregistrer au sein de l’action ! Après tout dépend des groupes : Opeth ce n’est pas Morbid Angel ! Le jour où il n’y aura plus rien de choquant dans le Metal, alors le Metal aura probablement disparu. Cette musique, héritière du rock, a toujours un aspect provocateur ou dérangeant.

10. Tout simplement, avez-vous peur du Diable ?

RC : Non, tout simplement parce que le vrai croyant sait très bien que le diable n’est pas un dieu bis, un dieu du mal à égalité avec le Dieu du bien… Le diable a été vaincu une fois pour toutes par l’amour du Christ. Et tous les chrétiens sont associés à cette victoire. Ce n’est pas moi qui le dis, mais la révélation du Nouveau Testament : 1 Jean 2, 12-14 ; 4,4 ; 5,18. Je préfère penser à Dieu qu’au diable. La peur est toujours mauvaise conseillère. Le chrétien est prudent car il sait que le diable cherche à l’éloigner de l’amour de Dieu. Mais il est surtout confiant en la puissance de Dieu. Notre confiance en Dieu doit être infiniment plus grande que notre crainte de nous laisser tenter par le diable.

11. Quelles autres religions sont présentes dans le Metal ?


RC : A ma connaissance le Metal étant surtout une musique occidentale (Europe et Amérique du Nord) le christianisme est la religion qui demeure la plus présente (souvent critiquée, parfois confessée). Mais le Judaïsme et l’Islam sont cités eux aussi par des groupes avec des intentions pouvant être opposées : le groupe israélien Orphaned Land développe une conception positive des religions alors que par exemple le groupe polonais Thor’s Hammer voit dans les trois grandes religions monothéistes « trois mauvaises herbes à partir de la même racine » (Cf. L’âge du Metal, pages 168.169). Si l’on considère aussi des religions anciennes, aujourd’hui disparues, le Metal aborde pas mal de mythologies propres à différentes civilisations soit dans une perspective historique soit dans une perspective nostalgique (la religion ancestrale opposée au « fléau » du christianisme). Si les racines historiques du Metal sont européennes, en 2011 aucune région de la planète, mis à part l’Afrique noire, n’échappe au Metal. Je recommande à ce sujet le passionnant reportage de Sam Dunn (USA) intitulé Global Metal avec un sous-titre significatif : 7 pays, 3 continents, 1 tribu.

12. Que pensez-vous des manifestations organisées par plusieurs organisations se réclamant du catholicisme à l'encontre de certaines pièces de théâtre, avec parfois des soutiens de certains évêques ou prêtres ? Quelle est à votre avis la meilleure réaction à adopter pour les catholiques face à ce type de spectacles ?


RC : D’après mes informations ce ne sont pas plusieurs organisations mais une seule, en l’occurrence l’institut Civitas, qui est à l’origine de ces manifestations. En France depuis quelques années certains catholiques se constituent en lobby, lancent des pétitions et manifestent pour obtenir la censure d’expressions artistiques qu’ils jugent blasphématoires, offensantes ou sataniques. Civitas est à la tête de ce combat. Cela a commencé à propos du festival Metal Hellfest à Clisson (indépendamment des actions de Civitas), cela s’est poursuivi avec l’affaire Piss Christ à Avignon cette année et deux pièces de théâtre ont été l’occasion pour Civitas de monter à nouveau au créneau. Civitas est un institut clairement lié à la Fraternité saint Pie X, donc aux catholiques intégristes. Depuis octobre Civitas a réussi à mobiliser au-delà des chapelles intégristes des catholiques traditionalistes  et d’autres issus des paroisses, parmi lesquels beaucoup de jeunes. Le responsable de Civitas, Alain Escada, né à Bruxelles, dirige aussi son équivalent belge « Belgique et chrétienté ». Les actions de Civitas ont contribué à diviser profondément les catholiques français et même la hiérarchie. Je suis clairement opposé à ce genre de réaction, je l’ai dit en particulier sur le blog de Patrice de Plunkett. Sur le même blog j’ai publié un article démontrant la non-pertinence du point de vue de l’Evangile de notions telles que « défendre l’honneur du Christ ». Le Christ ne nous a jamais demandé de le défendre et il a toujours tempéré les ardeurs zélotes de certains de ses apôtres. Je partage pleinement les interventions des trois archevêques concernés (c’est dans leurs diocèses que ces pièces étaient représentées, les autres évêques n’étaient pas directement concernés) : Mgr. Vingt-Trois, Mgr. d’Ornellas et Mgr. Le Gall. Tous les trois se sont unanimement démarqués des manifestations organisées par Civitas. Même Christine Boutin a exprimé sa désapprobation  et les députés qui ont été récupérés par Civitas dans sa lutte contre la « christianophobie » ont fait savoir qu’ils ne voulaient en aucun cas cautionner les actions de cet institut. Je me situe dans une perspective proche des analyses de Jacques de Guillebon et de Jean-Marie Guénois  pour ne citer que deux exemples parmi les nombreux intellectuels catholiques qui ont compris que les actions de Civitas étaient de la manipulation de bas étage. Pour revenir à Piss Christ et à ces deux pièces de théâtre, je pars du principe que ces œuvres n’étaient pas exposées sur la voie publique et qu’il fallait payer pour aller les voir. Aucun catholique n’a été contraint de subir ces spectacles. Au nom de quoi interdirions-nous à d’autres l’accès à des œuvres d’art contemporain ? Je ne vois aucune raison valable de vouloir les censurer dans un pays qui n’est pas une théocratie et dans lequel le délit de blasphème n’existe pas (sauf en Alsace et en Moselle). Je préfère la laïcité à la française que la situation très ambigüe de l’Irlande où une loi anti-blasphème a été votée en 2010 alors que les révélations de nombreux cas de pédophilie font scandale dans ce pays. Avouez que la situation irlandaise est assez paradoxale ! Pour ma part je pense qu’un prêtre qui a des rapports sexuels avec un enfant en toute impunité (parce que sa hiérarchie le couvre pour éviter le scandale) c’est un blasphème infiniment plus grave qu’une pièce de théâtre ou qu’une parole contre Dieu. Je recommande à tous les censeurs la lecture de l’étude de Thomas Schlesser L’art face à la censure avec illustrations à l’appui. Le jugement dernier de Michel-Ange à la chapelle Sixtine, Le repas chez Lévi de Véronèse, la Madone au serpent de Caravage ne sont que quelques exemples d’œuvres d’art censurées dans le passé. On pourrait aussi citer Les Fleurs du mal de Baudelaire. Le problème avec la censure c’est qu’elle n’a pas de limites. Car il faudrait être cohérent. Si l’on doit censurer tout ce qui critique les religions alors il faudrait enlever des bibliothèques et des librairies de très nombreux ouvrages. Mais il semble bien que Civitas ne s’intéresse qu’aux images et pas aux écrits. Un livre comme Le traité d’athéologie de Michel Onfray a fait beaucoup plus de mal dans les esprits que des pièces de théâtre qui seraient restées dans la confidentialité de cercles très limités si Civitas ne leur avaient pas fait tant de publicité. Car le livre d’Onfray a été, lui, un succès de librairie. Pourquoi Civitas n’a pas intenté un procès, manifesté devant les librairies lors de sa parution ? Il faudrait aussi exiger une révision des programmes de philosophie en Terminale sous prétexte de « christianophobie » car Nietzsche et Marx ont tout de même des arguments plus forts contre le christianisme que des pièces de théâtre dont on aura oublié le nom dans très peu de temps. Il faudrait interdire l’enseignement des philosophes des Lumières en classe de Première car comme tout le monde le sait Voltaire, Montesquieu et Diderot ne sont pas spécialement tendres vis-à-vis de l’Eglise catholique et de ses croyances. Et tant qu’on y est exiger aussi le retrait du Tartuffe de Molière des programmes scolaires car cette comédie pourrait blesser les jeunes catholiques etc. Non seulement ces actions ne sont pas fondés dans l’Evangile et dans l’enseignement du Christ, mais elles semblent tellement sélectives et aléatoires qu’elles en deviennent incohérentes. Je suis très étonné de ce que Piss Christ ait été exposé pendant des mois, non pas dans une galerie de province, mais au Centre Beaubourg à Paris dans le cadre d’une exposition Traces du sacré avec beaucoup d’autres œuvres contemporaines pouvant blesser la foi chrétienne et que Civitas n’ait lancé à ce moment-là aucune action… Bizarre…

Voilà un texte que j’ai écrit et qui a été publié sur le blog de Patrice de Plunkett :

Première phase : Civitas est à l’affut ! Ou comment créer la blessure…

Il s’agit de chercher et de trouver dans la production artistique contemporaine une œuvre susceptible de choquer (à tort ou à raison, peu importe) la sensibilité des chrétiens, une œuvre qui les blesse dans leur foi, une œuvre qualifiée au choix de blasphème, de profanation ou de sacrilège. Sans le travail minutieux de Civitas cette œuvre serait restée dans le cadre confidentiel d’une exposition à l’intérieur d’un musée ou d’une pièce de théâtre etc. Très peu de catholiques en auraient eu connaissance. Donc Civitas cherche « le mal » et le révèle au grand jour. Le carburant de Civitas c’est la « christianophobie ». Dans un certain sens il n’est pas faux d’affirmer que Civitas crée la « christianophobie » dont cet institut a besoin pour justifier son existence et son combat. Civitas crée la blessure, il ne lui reste plus qu’à passer à l’étape suivante ! Car sans cet Institut, qui donc aurait pu se sentir blessé par des œuvres qui seraient restées dans l’ombre de cercles culturels bien précis ? Un seul exemple suffira à le prouver : Du 7 mai au 11 août 2008, donc 3 ans avant l’affaire Piss Christ à Avignon, la même œuvre a été exposée au centre Georges Pompidou (Beaubourg) à Paris dans le cadre d’une exposition nommée « Traces du sacré » . J’ai visité cette exposition et je peux affirmer que Piss Christ était loin d’être l’œuvre d’art la plus provocatrice ou choquante. Il y avait, par exemple, une peinture de Max Ernst « La Vierge corrigeant l’enfant Jésus devant trois témoins : André Breton, Paul Eluard et le peintre » (1926) dont l’intention n’était pas blasphématoire mais qui aurait pu provoquer la colère des censeurs autoproclamés… Civitas ne s’étant pas emparé de ce qui aurait pu devenir une « affaire », personne n’en a parlé. Seuls ceux qui ont visité l’exposition ont pu le savoir et s’en faire une idée personnelle à partir de leur sensibilité et de leur connaissance de l’art contemporain.

Deuxième phase : Civitas exploite au maximum la blessure créée.

C’est le temps de crier au scandale. Et d’appeler les catholiques à manifester leur indignation, leur mécontentement et leur protestation. En se gardant bien de préciser que Civitas est un Institut qui n’a aucun lien avec l’Eglise catholique qui est en France. Dissimulation de son identité et exploitation de la blessure. Civitas va même jusqu’à demander à des évêques de soutenir son action, alors que cet Institut ne reconnaît pas l’autorité de l’Eglise catholique ! Mais peu importe les contradictions il s’agit de faire du nombre… Comme les membres de Civitas, du Renouveau français … et les Lefevbristes (ou intégristes) dont ils ne sont qu’une courroie de transmission représentent une infime minorité de « catholiques » il est nécessaire d’engager dans sa croisade des catholiques français en communion avec l’Eglise, et particulièrement des jeunes, plus manipulables que d’autres. Dans son appel en vue d’une nouvelle manifestation contre « Golgota Picnic » cette fois-ci, Alain Escada fait même appel au renfort des belges et des suisses…

« Notez également que le dimanche 11 décembre sera l'occasion d'une nouvelle grande manifestation nationale contre la christianophobie. Elle partira à 14h de la place de l'Alma pour se diriger vers l'avenue Franklin Roosevelt. Ce 11 décembre doit être le point d'orgue de notre mobilisation. Organisez-vous dès à présent de toutes les provinces de France. Des cars sont prévus de Suisse et de Belgique. Qu'il en soit ainsi de toute la France. Tous présents pour défendre l'honneur du Christ ! »

Troisième étape : Civitas diabolise ceux qui osent refuser ses méthodes et son idéologie.

Si par malheur des catholiques (laïcs ou membres du clergé) refusent l’appel de Civitas à défendre l’honneur du Christ et les droits de Dieu, ils sont immédiatement taxés du beau nom de « catholiques mous ». Pas de débat, pas de dialogue, pas d’argumentation possible. Civitas a toujours raison.

Quatrième étape : Civitas récolte les fruits de son action.

De mouvement intégriste obscur et inconnu, l’Institut passe au rang de figure médiatique à travers les interviews et déclarations de M. Escada à la télévision, à la radio et dans les journaux. Exposition médiatique maximale. Peu importe les conséquences néfastes de l’action menée pour l’Eglise catholique… Peu importe le contre-témoignage… L’essentiel pour cet Institut est de parler et de parler fort. Se faire de la publicité en faisant de la publicité à des œuvres « blasphématoires », tel est le Credo inébranlable de Civitas.

Si l’Eglise catholique a supprimé elle-même la mise à l’Index de certains livres ce n’est pas pour rien. Les rapports de l’Eglise avec le monde profane et la société civile ne peuvent en aucun cas être des rapports de puissance et de contrainte. Je suis convaincu que les actions de Civitas constituent un contre-témoignage et obscurcissent la véritable nature du christianisme. Les actions de Civitas contribueront à durcir les laïcistes dans leurs positions et à éloigner de l’Eglise ceux qui cherchent Dieu. Le fanatisme religieux n’est pas la bonne solution pour permettre à nos contemporains de rencontrer le vrai visage du Christ. Quand je vois des banderoles avec des slogans idéologiques du type « La France est chrétienne et doit le rester », je ne suis pas étonné d’apprendre que le conseiller doctrinal de Civitas est un prêtre de Saint Nicolas du Chardonnet. Ce slogan n’a aucun sens. Premièrement parce que seuls les habitants de la France sont chrétiens ou ne le sont pas, mais la France n’a pas la foi. Elle n’est pas une personne. Il faudrait relire à ce propos ce que Simone Weil écrit à propos d’Israël : « Il ne peut y avoir de contact personnel entre l’homme et Dieu que par la personne du Médiateur. En dehors du Médiateur, la présence de Dieu à l’homme ne peut être que collective, nationale. Israël a simultanément choisi le Dieu national et refusé le Médiateur ; il a peut-être tendu de temps à autre au véritable monothéisme, mais toujours il retombait, et ne pouvait pas ne pas retomber, au Dieu de tribu » (La pesanteur et la grâce, p. 256).
De fait un certain intégrisme catholique en France n’est qu’une transposition du sionisme dans le christianisme. Ensuite parce que Civitas prend ses désirs pour la réalité. Cela fait belle lurette qu’une grande partie des français ne sont plus chrétiens, et cela bien avant le Concile Vatican II censé être la source de tous les maux dans l’Eglise. Enfin le plus inquiétant est peut-être l’usage du verbe « devoir » qui évoque la force et la contrainte. C’est avec l’inquisition, un roi catholique, une théocratie, une police des vertus et des mœurs que la France devra rester chrétienne ? Cette intégrisme catholique, nostalgique de la chrétienté et d’une Eglise toute puissante, semble avoir oublié que la foi est un acte humain, donc un acte libre et personnel. Les manifestations du lobby Civitas avec d’innombrables drapeaux français marqués du Sacré-Cœur mélangent allégrement les genres dans un méli-mélo politico-religieux qui ne m’inspire rien de bon. Je n’ai pas envie que la France se rapproche de théocraties comme l’Arabie Saoudite, l’Iran ou le Pakistan. Comme le disait un curé de mon diocèse ce que nous avons le plus à craindre c’est une « islamisation du catholicisme ». Civitas en est malheureusement une parfaite illustration : le maximum de bruit et d’actions visibles, le minimum de réflexion et de prise de recul. C’est une insulte à toute la longue et belle tradition intellectuelle de l’Eglise catholique que ce rétrécissement des esprits et des cœurs dans le fanatisme et la manipulation militante. Le pire étant l’instrumentalisation de ce qu’il y a de plus sacré dans notre foi catholique : la prière. Le chapelet transformé en arme de manifestation ! Mgr. Le Gall n’a pas manqué de signaler cette dérive dans son communiqué .

Enfin il faudrait ne pas oublier en tant que chrétiens que Jésus a été condamné à la mort de la croix par la hiérarchie religieuse juive pour cause de blasphème. Une réflexion approfondie sur ce qu’est le blasphème s’impose donc avant de se mettre à la place de Dieu qui est finalement le seul juste juge des cœurs et des intentions des hommes. Dans le cadre de la polémique anti-Hellfest j’avais fait une recherche sur le blasphème que je vous livre ici. Ce passage est extrait d’un texte plus long intitulé Qui sont les vrais satanistes aujourd’hui ?

Tout d’abord voyons la définition du blasphème dans le Catéchisme de l’Eglise catholique :

« 2148 Le blasphème s’oppose directement au deuxième commandement. Il consiste à proférer contre Dieu – intérieurement ou extérieurement – des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu. S. Jacques réprouve " ceux qui blasphèment le beau Nom (de Jésus) qui a été invoqué sur eux " (Jacques 2, 7). L’interdiction du blasphème s’étend aux paroles contre l’Église du Christ, les saints, les choses sacrées. Il est encore blasphématoire de recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. L’abus du nom de Dieu pour commettre un crime provoque le rejet de la religion.
Le blasphème est contraire au respect dû à Dieu et à son saint nom. Il est de soi un péché grave. » (Cf. aussi le n°447 de l’abrégé du même Catéchisme).

Dans le Nouveau Testament, il est intéressant d’étudier certains textes à propos du blasphème. Nous nous limiterons à deux « lieux » qui nous semblent particulièrement importants. Le premier de ces lieux nous ramène au pied de la Croix, au Golgotha. Saint Luc nous rapporte les réactions de ceux qui sont là au pied de la Croix : « Le peuple restait à regarder. Quant aux chefs, ils ricanaient en disant : ‘Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’Elu.’ Les soldats aussi le tournèrent en ridicule lorsqu’ils s’approchèrent pour lui présenter du vin acidulé ; ils lui disaient : ‘Sauve-toi toi-même, si tu es le roi des Juifs.’ » (Luc 24, 35-37). Nous avons bien ici des paroles blasphématoires, de défi, adressées au Fils de Dieu. Notons la ressemblance avec le discours du tentateur au désert : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain » (Matthieu 4, 3). Quelle est la réaction du Christ, agonisant en Croix ? Une condamnation des blasphémateurs ? Une demande de vengeance à Dieu ? « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 24, 34). Cette prière de Jésus pleine de douceur et de miséricorde non seulement demande le pardon de Dieu pour les blasphémateurs, mais encore les excuse en quelque sorte… Ils ont des circonstances atténuantes, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ». La doctrine morale de l’Eglise est fidèle au Christ lorsqu’elle étudie ce qui fait qu’un péché grave (le blasphème en fait partie) est aussi un péché mortel (qui nous met en enfer, séparé de Dieu pour toujours). Pour qu’un péché soit mortel au niveau spirituel, il faut non seulement une matière grave mais aussi la pleine conscience et le propos délibéré :
« 1859 Le péché mortel requiert pleine connaissance et entier consentement. Il présuppose la connaissance du caractère peccamineux de l’acte, de son opposition à la Loi de Dieu. Il implique aussi un consentement suffisamment délibéré pour être un choix personnel. L’ignorance affectée et l’endurcissement du cœur (cf. Marc 3, 5-6 ; Luc 16, 19-31) ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché.
1860 L’ignorance involontaire peut diminuer sinon excuser l’imputabilité d’une faute grave. Mais nul n’est censé ignorer les principes de la loi morale qui sont inscrits dans la conscience de tout homme. Les impulsions de la sensibilité, les passions peuvent également réduire le caractère volontaire et libre de la faute, de même que des pressions extérieures ou des troubles pathologiques. Le péché par malice, par choix délibéré du mal, est le plus grave. »
« Cependant si nous pouvons juger qu’un acte est en soi une faute grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu. » (N° 1861).
Ceux qui défient Jésus au pied de la croix en se moquant de lui (Les chefs du peuple Juif et les soldats romains) ne savent pas qui est cet homme : pour eux c’est seulement un agitateur ou un illuminé (les romains) ou bien pire un blasphémateur (les chefs Juifs). Pour le grand prêtre et les chefs religieux du peuple, c’est Jésus qui blasphème, et c’est à cause de cela qu’ils le condamnent à mort (Matthieu 26, 65.66). Jésus en croix est donc la victime innocente d’un procès bâclé qui l’accuse du péché de blasphème. Pierre, dans l’un de ses discours au peuple, reprend le contenu des paroles de Jésus en croix (« Ils ne savent pas ce qu’ils font ») : « Je sais que vous avez agi par ignorance, tout comme vos chefs » (Actes des Apôtres 3, 17).

Le deuxième « lieu » biblique se trouve dans les écrits de Saint Paul qui reprennent, eux aussi, la thèse de l’ignorance pour expliquer le drame de la Passion et de la mort en Croix du Fils de Dieu. Le passage clef se trouve dans la première lettre aux Corinthiens : « Cette sagesse (divine), aucun des grands de ce monde ne l’a connue. S’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire » (2, 8). Dans sa première lettre à Timothée, Paul relit l’histoire de sa conversion, son passage du statut de persécuteur des chrétiens à celui d’Apôtre du Christ. Nous comparerons différentes traductions dans un tableau synoptique :

Bible des Peuples :

J’étais au début un contradicteur, un persécuteur et un violent. Mais il m’a pardonné car j’étais de bonne foi quand je refusais de croire…
Bible Osty :

Moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur, insolent. Mais j’ai obtenu miséricorde, parce que j’avais agi par ignorance, n’ayant pas la foi…
Bible de Jérusalem :

Moi, naguère un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur. Mais il m’a été fait miséricorde parce que j’agissais par ignorance, étranger à la foi…
Trad. liturgique :

Moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi…

L’expérience de Paul mise en rapport avec la parole du Christ en Croix est très intéressante pour le sujet qui nous intéresse ici. Du côté de l’homme nous avons le blasphème, du côté de Dieu la miséricorde. Pourquoi ? Parce que cet homme agissait par ignorance sans avoir la foi. Parmi les musiciens de Metal qui profèrent des blasphèmes, combien ont-ils la véritable connaissance de Dieu et du Christ ? Combien sont-ils croyants ? Si Dieu fait miséricorde à ceux qui blasphèment par ignorance, qui sommes-nous pour nous permettre de les accuser et de les condamner ? Nous avons à suivre sur ce point comme sur tous les autres l’exemple du Christ : il prie pour ses persécuteurs et même les excuse auprès de son Père. Exemple qui sera repris par le premier des martyrs, Etienne (Cf. Actes des Apôtres 7, 60). Le premier devoir de la communauté chrétienne n’est pas de condamner mais de révéler par le témoignage le véritable visage de Dieu. C’est l’ignorance religieuse qui est en grande partie responsable du développement des idées sataniques chez tant de jeunes. Enfin n’oublions pas que nous avons été et que nous pouvons être encore aujourd’hui, en tant que chrétiens, les premiers responsables des blasphèmes de ceux qui ne partagent pas notre foi ou luttent contre elle. C’est le scandale du contre-témoignage rappelé par le Catéchisme de l’Eglise catholique :
« Il est encore blasphématoire de recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. L’abus du nom de Dieu pour commettre un crime provoque le rejet de la religion. » (n°2148).
Avant de chercher le mal chez les autres et de le condamner, la vertu d’humilité nous demande de reconnaître le mal dont nous sommes les auteurs. C’est ce que Jean-Paul II a fait avec grand courage lors du Jubilé de l’an 2000 au nom de tous les catholiques :
« Tandis que nous rendons grâces à Dieu qui, dans son amour miséricordieux, a suscité dans l'Eglise une récolte merveilleuse de sainteté, d'ardeur missionnaire, de dévouement total au Christ et au prochain, nous ne pouvons manquer de reconnaître les infidélités à l'Evangile qu'ont commises certains de nos frères, en particulier au cours du second millénaire. Demandons pardon pour les divisions qui sont intervenues parmi les chrétiens, pour la violence à laquelle certains d'entre d'eux ont eu recours dans le service à la vérité, et pour les attitudes de méfiance et d'hostilité adoptées parfois à l'égard des fidèles des autres religions.
Confessons, à plus forte raison, nos responsabilités de chrétiens pour les maux d'aujourd'hui. Face à l'athéisme, à l'indifférence religieuse, au sécularisme, au relativisme éthique, aux violations du droit à la vie, au manque d'intérêt pour la pauvreté de nombreux pays, nous ne pouvons manquer de nous  demander  quelles  sont  nos  responsabilités.
Pour la part que chacun d'entre nous, à travers ses comportements, a eue dans ces maux, contribuant à défigurer le visage de l'Eglise, nous demandons humblement pardon. »
Dans cette homélie du 12 mars 2000, Jean-Paul II nous demandait de regarder d’abord la poutre qui est dans notre œil avant de vouloir enlever la paille qui est dans l’œil de notre prochain (Cf. Matthieu 7, 1-5).

Après cet excursus nécessaire dans le cadre de notre questionnement initial, revenons à la notion de blasphème avec l’aide de Saint Thomas d’Aquin. C’est dans le second volume de la seconde partie de la Somme théologique qu’est traitée la question du blasphème (Question 13). Pour Saint Thomas d’Aquin, le blasphème s’oppose à la confession de la foi. Il est le plus grand des péchés, un péché mortel « par son genre ». A l’article 3, dans sa réponse à la première objection, Saint Thomas établit une distinction en comparant le péché de blasphème à celui d’homicide : « Pour ce qui est de l’homicide et du blasphème, si on les compare d’après les objets auxquels s’en prend le péché, il est manifeste que le blasphème, péché directement envers Dieu, l’emporte sur l’homicide, péché envers le prochain ». Objectivement (d’après son objet), le blasphème est donc le plus grave des péchés, et c’est pourquoi il est un péché mortel (qui tue la vie de Dieu en nous) « par son genre ». « Mais, poursuit le Docteur Angélique, si on les compare d’après leur effet de nuisance, alors l’homicide a la prépondérance, car il fait plus de mal au prochain que le blasphème n’en fait à Dieu ». Du point de vue des effets, c’est donc l’inverse qui est vrai : l’homicide est plus grave que le blasphème. Dans la question suivante (14), Saint Thomas aborde le blasphème contre l’Esprit-Saint. A l’article 3, il se demande si le péché envers l’Esprit-Saint est irrémissible. C’est dans ce contexte que le théologien évoque le rôle de l’ignorance et de la faiblesse humaine : « Celui en effet qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite une peine moindre ; mais celui qui pèche par véritable malice n’a pas une excuse par où sa peine puisse être diminuée. Pareillement aussi, ceux qui blasphémaient envers le Fils de l’homme, tant que sa divinité n’était pas révélée, pouvaient avoir quelque excuse dans ce fait qu’ils voyaient en lui une faible chair et ainsi méritaient-ils une peine moindre. Mais ceux qui blasphémaient la divinité elle-même en attribuant au diable les œuvres de l’Esprit-Saint, n’avaient aucune excuse par où la peine pût être diminuée ».

Le dominicain Jean-Louis Bruguès nous apporte, à la suite de Saint Thomas, un élément essentiel dans notre réflexion sur la nature du blasphème : « Sa gravité vient de ce qu’il se situe, non seulement sur le plan moral (le blasphème porte atteinte à la vertu de religion), mais encore sur le plan théologal : cette façon de mal parler de Dieu et de vouloir le déprécier s’oppose directement à la confession de la foi. Entendons-nous bien : il reste compatible avec la vertu théologale (de foi), car on n’aurait aucune raison de blasphémer, si on ne continuait pas à croire ou si on niait Dieu » (In Dictionnaire de morale catholique, page 69). Fidèle à Saint Thomas, le père Bruguès voit dans le blasphème le contraire de la profession de la foi. Mais il va plus loin. A l’époque de Saint Thomas, l’athéisme n’existait quasiment pas. Le père Bruguès souligne un fait important dans le contexte religieux contemporain : pour blasphémer, donc pour commettre ce péché grave, il faut admettre l’existence de Dieu (le blasphème est compatible avec la foi mais opposé à la profession de cette même foi). Donc un athée ne peut pas commettre le péché de blasphème puisque Dieu n’a aucune existence réelle à ses yeux. Cela n’aurait aucun sens d’insulter un être fictif ou légendaire. Saint Jacques pour affirmer l’importance des actes (charité) dans la vie du croyant n’hésite pas à écrire : « Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi. Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur » (Jacques 2, 18.19). Les démons savent que Dieu existe et ils blasphèment son Saint Nom.

Terminons notre parcours à propos du péché de blasphème avec un texte du Catéchisme pour adulte des Evêques de France :

548 « Le refus de Dieu, à notre époque, prend des formes diverses, depuis l'athéisme serein ou militant jusqu'à l'indifférence. Il arrive même que, par une mystérieuse hostilité vis-à-vis de Dieu (dans laquelle le croyant peut déceler la présence de l'Adversaire), des hommes et des femmes cultivent une véritable haine du Seigneur, de tout ce qui l'évoque et de tous ceux qui l'invoquent. Littérature, presse et films nous montrent parfois ce genre de dérision et de blasphème alors que d'autres œuvres ouvrent sur le mystère de l'homme et de la vie spirituelle.
Il est donc important d'évangéliser la culture, les milieux et les mentalités pour que la référence à Dieu y trouve sa juste place et ne soit pas systématiquement écartée.
Mais ces refus, nous le savons, ont de multiples causes : surestimation de la connaissance scientifique, révolte devant le scandale du mal, notamment les injustices et la souffrance des innocents, répulsion à l'égard de Dieu et de la religion rencontrés dans leurs caricatures.

549 Certaines oppositions, toutefois, peuvent être plus proches d'une véritable attitude religieuse que des conformismes sans âme
. N'oublions pas non plus que les saints eux-mêmes ont connu la tentation de se révolter contre le scandale de la souffrance: "Cela ne m'étonne pas, Seigneur, que vous ayez si peu d'amis, à la manière dont vous les traitez", disait sainte Thérèse d'Avila. Et le concile Vatican II, dans son Message aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent, ose nous dire: "Le Christ n'a pas supprimé la souffrance; il n'a même pas voulu en dévoiler entièrement le mystère; il l'a prise sur lui, et c'est assez pour que nous en comprenions tout le prix."
On doit donc se garder de juger ceux qui semblent refuser Dieu. L'indifférence et l'athéisme militant doivent nous trouver lucides sur le mal, mais humbles et respectueux des personnes. Le concile Vatican II souligne en même temps ce que peut être la responsabilité des chrétiens dans la genèse de l'athéisme: "Les croyants peuvent [y] avoir une part qui n'est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l'éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d'eux qu'ils voilent l'authentique visage de Dieu et de la religion plus qu'ils ne le révèlent" (Gaudium et Spes 19). »

Comme Jean-Paul II l’a fait en 2000, les Evêques de France, quelques années auparavant (1991), nous invitaient, en se référant au dernier Concile, à considérer quelle est notre part de responsabilité dans la genèse de l’athéisme et dans les blasphèmes. Le contre-témoignage donné par certains croyants est cause de scandale, et peut inciter d’autres à l’athéisme ou au blasphème. Les Evêques de France nous demandent de considérer d’abord toujours les personnes et de ne pas les réduire à leurs opinions, pensées ou paroles : « On doit donc se garder de juger ceux qui semblent refuser Dieu. L'indifférence et l'athéisme militant doivent nous trouver lucides sur le mal, mais humbles et respectueux des personnes ». Enfin une phrase du Catéchisme semble correspondre de manière précise à ce que vivent des musiciens et des fans de Metal dans leur rapport ambigu (Répulsion / attraction) à la religion : « Certaines oppositions, toutefois, peuvent être plus proches d'une véritable attitude religieuse que des conformismes sans âme ». Quelquefois des paroles « blasphématoires » proférées par des athées peuvent être l’expression d’une recherche spirituelle plus ou moins consciente…

13. Votre démarche vous a valu d'être violemment attaqué par certains sites. Mais votre hiérarchie s'est-elle montrée hostile, et comment vos paroissiens ont pu réagir en découvrant cet apostolat un peu particulier ?

RC : Le fait d’avoir été attaqué par des blogs comme La Question ou par Riposte catholique est pour moi un honneur vu la qualité de pensée intellectuelle de ces blogs… se résumant à la diffamation et à l’amalgame quand une argumentation ne va pas dans leur sens qui est bien évidemment toujours celui de la Vérité ! Quand on est incapable de répondre à une argumentation, on essaie de s’attaquer à la personne. Si vous parlez de ma démarche envers les métalleux et la musique Metal je n’ai pas eu d’hostilité de la part de ma hiérarchie. J’en ai parlé dès le début à mon évêque de l’époque, Mgr. Bouchex, qui m’a encouragé à être une présence d’Eglise dans cette culture Metal. D’où le fait que son nom soit cité en tête des remerciements de mon livre L’âge du Metal. Avec mon évêque actuel, Mgr. Cattenoz, je sens bien qu’il se pose des questions à ce sujet. Nous avons pu en parler ensemble longuement. Mais il ne s’agit pas d’hostilité de sa part. Il m’a dit avoir reçu des lettres de plainte à mon sujet mais je n’en connais ni le nombre ni le contenu. J’ai d’ailleurs appris grâce à Riposte catholique que mon évêque m’avait recommandé de rester discret sur le Metal ! « A qui Mgr Cattenoz avait pourtant demandé de rester discret… » . Encore un blog qui prend ses désirs pour la réalité ! Si Mgr. Cattenoz était si opposé que cela à ma démarche de dialogue avec les métalleux, je ne vois pas pourquoi il aurait laissé publier sur le site officiel du diocèse d’Avignon  une chronique plutôt favorable de mon livre L’âge du Metal. Après au niveau de mes paroissiens, de ceux qui me connaissent vraiment comme leur pasteur, je n’ai pas eu d’oppositions notables à ma démarche, quelquefois des questions, des inquiétudes mais aussi des encouragements.  Les opinions les plus hostiles envers ma présence dans le monde du Metal sont venues par lettres ou sur Internet. Mais il est d’une certaine manière inévitable de se faire critiquer quand on ose aller là où l’on n’attend pas habituellement la présence d’un prêtre. Certains catholiques aimeraient assigner le prêtre à résidence dans son église et dans sa sacristie. Je me sens tout à fait dans ma mission de prêtre quand je dialogue avec des métalleux. Par contre je serais très réticent en tant que prêtre à participer à des manifestations de rue… Jésus s’est fait violemment critiquer par ses pieux contemporains parce qu’il mangeait à la table des pécheurs et des publicains et qu’il fréquentait des personnes peu recommandables.

14. Dans une citation célèbre, Maurice Dantec a déclaré : "Sans la Très Sainte Électricité de quelques dandies du XXème siècle finissant, jamais sans doute je n'aurais pu adhérer à la religion catholique". Votre parcours a été symétriquement inverse, en fin de compte. Vous vous révélez un fin amateur de l'esthétique baroque. Quelle correspondance pouvez-vous trouver entre la puissance des guitares et la Foi ?

RC : Pourquoi chercher ce genre de correspondance ? Je ne mets pas ma vie de foi au même niveau que mes goûts esthétiques. Si certaines musiques Metal me touchent au niveau esthétique ce n’est pas en raison d’une correspondance avec la foi chrétienne. Ecouter de la musique ce n’est pas faire de la théologie. Là n’est pas le but de la musique comme de l’art en général sauf dans un domaine bien précis qui est celui de l’art sacré mis au service de la liturgie et de la prière. La seule correspondance que je verrais serait la suivante : pour moi l’expérience esthétique se rapproche de l’expérience spirituelle. Quand j’écoute de la musique je le fais avec recueillement, un peu comme dans la prière, car il faut se recueillir pour accueillir la beauté même si elle se présente sous la forme agressive du son saturé des guitares électriques ou d’une voix criée ou growlée. « L’attention absolument sans mélange est prière  » (Simone Weil). Maurice Zundel écrivait à propos de l’expérience esthétique : « L’œuvre d’art se présente ainsi comme une sorte de sacrement qui véhicule une expérience libératrice par le jeu des rapports où s’équilibrent les éléments contrastants… Si l’œuvre d’art n’est liée à aucun matériau, elle ne l’est pas davantage à aucune vision du monde particulière. Une cathédrale n’est pas belle parce qu’elle est chrétienne, comme le Parthénon n’est pas beau parce qu’il est dédié à Athéna ou à Amon le temple de Louqsor. De même, le Macbeth de Shakespeare, avec ses crimes, n’est pas moins beau que le Polyeucte de Corneille avec ses vertus »  Hymne à la joie, p. 78.79.

15. Doit-on voir dans le métal une amplification d’un certain romantisme ou, au contraire, une nouvelle manière de dissimuler une prière ?

RC : Je ne vois pas d’opposition entre les deux directions que vous mentionnez. Un certain Metal, surtout dans le black, le doom et le dark, peut se situer en effet dans l’héritage romantique avec des thèmes comme le culte de la Nature, l’homme perdu dans l’immensité de la Nature, la solitude, la mélancolie, la tristesse, la mort  etc. Le Metal extrême peut être vécu par certains fans comme une forme de spiritualité. Est-ce que cela « dissimule une prière » ? C’est possible dans un sens implicite et non religieux. C’est un appel souvent torturé et douloureux à un surplus d’âme, à un sens qui semble de plus en plus inaccessible dans nos sociétés dominées par le règne de l’argent et de l’apparence. On peut percevoir dans la musique Metal vécue comme un « culte » un appel à l’authenticité, un désir de transcendance. Le sociologue Nicolas Walzer a développé la thèse d’une « religion Metal ». Dans mon livre je cite des expressions de métalleux qui vont dans ce sens et qui montrent que pour certains le Metal est bien plus qu’une simple musique :

- « Je crois que c’est une musique qui rassemble les âmes tourmentées que la seule vérité diffusée par les médias ne satisfait pas, la musique de ceux pour qui la vie n’est pas : naître, bosser, procréer, mourir, le sujet est vaste… ».
- « Le succès relatif du Metal vient du fait que notre monde est décadent et que l’existence que nous menons tous est un combat éprouvant ».
- « On y retrouve la recherche inconsciente d’un substitut puéril à une religion authentique » . L’âge du Metal, p. 212.213.

Un groupe comme Metalsteel n’hésite pas à chanter : « Heavy Metal is our religion  ».  En réaction aux attaques dont il a été l’objet de la part de certains milieux catholiques, le festival Hellfest a choisi pour son édition 2011 une affiche avec le slogan : « Our music- our religion ». C’était une manière de dire à ces catholiques : on vous laisse libres d’aller à la messe chaque dimanche, laissez-nous libres d’aller écouter les groupes qui nous plaisent une fois par an !

16. Depuis assez longtemps maintenant, certaines formations "Dark-Folk" se font les chantres du retour au paganisme anté-chrétien comme voie de salut pour l'Europe. Le folklore païen est devenu assez à la mode dans le Metal ces dernières années, au détriment du Satanisme bête et basique. Plus largement, dans certains pays, de petites sectes d'inspiration païenne constituent une tentative de retour à une certaine transcendance-immanence perdue. Pensez-vous que le paganisme soit un chemin vers la foi catholique?

RC : Il est exact que dans le milieu du black Metal on abandonne de plus en plus l’imagerie satanique primaire pour s’intéresser aux religions préchrétiennes dans une perspective historique mais aussi souvent nostalgique. C’est particulièrement vrai pour la scène scandinave avec ses nombreuses références à la mythologie nordique. Dans ce contexte précis le paganisme ne peut être en aucun cas un chemin vers la foi catholique. Il y a au moins deux motivations essentielles dans cet attrait du paganisme chez certains jeunes métalleux : la première est de type politique. C’est un refus de la mondialisation et un désir très fort de retour à l’identité nationale et ethnique. On désire ainsi retrouver la fierté de ses racines et d’une histoire lointaine et glorieuse souvent idéalisée à tort. La deuxième est d’ordre spirituel. Le retour au paganisme se fait en nette opposition au christianisme qui l’a suivi et l’a détruit. On opposera volontiers, dans ce contexte, aux dogmes et à la morale chrétienne issus du monothéisme une spiritualité à dimension humaine, proche de la nature et polythéiste. A la prétention de vérité universelle du monothéisme on préfère une vérité locale, celle du panthéon d’une région déterminée en lien avec la Nature, lieu privilégié de manifestation du divin. Le retour à ce paganisme là se fait donc en grande partie par aversion et rejet radical du christianisme perçu comme une religion imposée et étrangère (juive).

17. On vous interroge rarement sur votre parcours littéraire, surtout sur les aspects profane ou philosophique. Quels penseurs ont pu marquer votre cheminement ? Qu'attendez-vous d'un roman –quand vous avez le temps d'en lire ?

RC : J’ai la chance d’avoir passé toute mon enfance et mon adolescence au milieu des livres car mon père est bouquiniste de métier. Il m’est passé entre les mains de pures merveilles comme L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert ou encore des recueils de gravures de Piranese. J’aime aussi beaucoup la philosophie et le rapport entre foi et raison me paraît essentiel pour éviter justement à la religion de tomber dans les dérives du fanatisme et de l’intégrisme. J’ai terminé mes études ecclésiastiques à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome en choisissant la philosophie en vue de ma licence canonique. Parmi les penseurs qui ont marqué mon cheminement je citerais Blaise Pascal pour lequel j’ai une très grande admiration, Bossuet qui fut non seulement un prédicateur génial mais surtout un esprit ayant des vues fort profondes sur le dogme (son sermon Sur la Parole de Dieu est une pure merveille. Ce qu’affirme la constitution du Concile Vatican II sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium n°48.51.56) à propos de la table de la parole de Dieu et de son rapport avec la table du Corps du Seigneur se trouve déjà dans ce sermon de Bossuet qui reprend lui-même abondamment la riche tradition des Pères de l’Eglise), Nietzsche parce que se confronter à lui c’est forcément approfondir les raisons que l’on a de croire et enfin Maurice Blondel, grâce à mon professeur de philosophie au séminaire d’Avignon qui m’a conseillé d’emporter L’Action dans mes bagages avant mon départ pour le service militaire en Allemagne. J’ai récemment lu avec un grand intérêt La pesanteur et la grâce de Simone Weil. C’est vraiment un grand petit livre à la manière des Pensées de Pascal. Voici un exemple de pensée typiquement pascalienne dans ce livre : « Il n’y a pas à choisir entre les opinions : il faut les accueillir toutes, mais les composer verticalement et les loger à des niveaux convenables. Ainsi hasard, destin, Providence  ». Par certains aspects de sa pensée Simone Weil rejoint aussi ce qui est au cœur de la spiritualité de Maurice Zundel : «  Il faut, non pas que les initiés apprennent quelque chose, mais qu’il s’opère en eux une transformation qui les rende aptes à recevoir l’enseignement  ». Je terminerai avec deux citations parmi tant d’autres qui ont retenu mon attention dans ce livre : « Le bien comme contraire du mal lui est équivalent en un sens comme tous les contraires… Le bien pris au niveau du mal et s’y opposant comme un contraire à un contraire est un bien de code pénal »  ; « Entre deux hommes qui n’ont pas l’expérience de Dieu, celui qui le nie en est peut-être le plus près… La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi : en ce sens l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort » . J’aimerais aussi découvrir, lorsque j’en aurai le loisir, des penseurs comme Erasme et Montaigne. Ce que j’attends d’un roman : un divertissement qui me captive, me transporte et m’enrichit.

18. Certaines œuvres de fiction ont-elles eu un impact particulier, éthique ou esthétique, dans votre vie ?

RC : Tout dépend de ce que vous mettez dans la catégorie « œuvres de fiction », car tout ce qui n’est pas historique relève d’une manière ou d’une autre de la fiction. Je pense spontanément au Seigneur des Anneaux de Tolkien, livre que j’ai lu lors d’une convalescence à l’hôpital, et aussi à la version cinématographique qu’en a tiré Peter Jackson.

19. Quelle est votre conception du roman ? Quels auteurs ont marqué votre conception esthétique ?

RC : Je n’ai aucune conception particulière du roman, je ne suis pas un théoricien de la littérature, encore moins un brillant étudiant sorti de la Sorbonne ! Par contre il m’est facile de parler des auteurs que j’ai vraiment appréciés : Hermann Hesse et John Fante. Le roman de Hesse Narcisse et Goldmund (1930) demeure pour moi une œuvre majeure. J’aime beaucoup cette mise en perspective de deux personnes qui mènent une vie apparemment très différente et qui entrent en dialogue par l’amitié. Siddharta (1922), du même auteur, m’a aussi plu. Quant à l’auteur américain John Fante j’aime beaucoup son écriture réaliste qui est capable de nous transporter dans le quotidien misérable de ses personnages souvent très attachants. Fante sait peindre l’humanité avec grand art. De lui il faut absolument lire Demande à la poussière (1939). La lecture de L’écume des jours de Boris Vian alors que j’étais au lycée restera un événement marquant dans mon amour de la littérature.

20. Quel regard portez-vous sur la littérature contemporaine ?

RC : Encore une fois je suis incapable de bâtir des théories sur des sujets que je n’ai pas étudiés. Parmi les auteurs contemporains que j’ai lus, sur le conseil d’amis, il y a Dantec, Werber et Schmitt. Je ne me suis jamais ennuyé à leur contact. Malheureusement, et ce n’est pas nouveau, j’ai une très mauvaise mémoire. Je peux avoir été passionné par la lecture d’un roman et être ensuite incapable de raconter son contenu avec quelques détails… C’est davantage l’impression d’ensemble qui reste en moi que le récit en lui-même.

21. Vous êtes également cinéphile averti, spécialement amateur de l'œuvre de Gus van Sant. Il est franchement surprenant de la part de quelqu'un qui écoute une musique aussi intense, rapide de vous voir tant apprécier une œuvre aussi lente, aérée et contemplative ! Qu'aimez-vous dans ses œuvres ?

RC : Le titre de cinéphile averti est flatteur. Je préfère dire que j’aime bien le cinéma. Pour ce qui est de l’œuvre de Gus van Sant je n’apprécie pas tous ses films. Son œuvre a des côtés très abordables (je pense aux magnifiques films d’initiation que sont Will Hunting et A la rencontre de Forrester) et des côtés franchement plus hermétiques. C’est à cette dernière catégorie que vous faites allusion, j’imagine, avec des films comme Elephant et Gerry. Ce dernier film avec deux acteurs (mais quels acteurs ! Matt Damon et Casey Affleck), quasiment pas de dialogues et la seule beauté de la nature américaine comme décor est en effet l’un des films les plus contemplatifs qu’il m’ait été donné de voir. Gus van Sant a l’art de mettre en valeur la pure beauté de l’image sans aucun artifice. Mais au niveau lenteur j’ai vu « pire » avec l’œuvre de Béla Tarr, en particulier son magnifique Damnation. Je ne vois pas de contradiction avec l’écoute du Metal car cette musique n’est pas seulement rapide, elle peut aussi être très lente comme dans le doom, un style que j’apprécie particulièrement. Ecoutez donc le travail sublime de Sylvain Bégot dans son album Monolithe I qui contient une unique plage de 52 minutes ! Que ce soit dans du Metal comme Monolithe ou du cinéma comme Gerry j’apprécie l’aspect contemplatif de ces œuvres qui nous fait communier avec une beauté épurée et sobre. Cela me semble logique qu’un prêtre qui est un homme de prière soit d’emblée en phase avec ce genre d’œuvres qui prennent leur temps ! L’une de mes prières préférées c’est le chapelet, une prière profondément contemplative. C’est en prenant leur temps que ces œuvres artistiques nous font d’une certaine manière sortir du temps et pressentir ce que peut être la notion d’éternité. Seul le grand art parvient à un tel effet. Permettez-moi enfin de citer parmi les films récents qui m’ont le plus touché le splendide Into the wild, Les infiltrés et Gran Torino.

22. Mais vous êtes également très intéressés par des films suggérant l'existence d'un autre niveau de réalité dont le premier n'est qu'une manipulation, tels que Matrix ou Dark City. On est loin du Dieu de Liberté et d'Amour !

RC : Oui, j’ai beaucoup apprécié le premier Matrix parce qu’il ne se limitait pas à des effets spéciaux particulièrement réussis mais qu’il proposait une méditation philosophique et religieuse sur notre existence. Là encore je ne vois pas pourquoi vous cherchez systématiquement à opposer les choses ! En bon disciple de Pascal je vous dirais que la vérité ne se trouve jamais dans la conjonction « ou » mais dans la conjonction « et » ! Toute une tradition chrétienne a repris le platonisme à son compte. Matrix n’est qu’une actualisation du mythe de la caverne. Dans ce film c’est aussi la question du salut qui est posée d’une manière très claire avec des noms faisant référence à la révélation chrétienne. Voici une partie de l’analyse faite par le père jésuite François Boëdec, analyse que j’ai légèrement augmentée de mes réflexions personnelles :

« A y regarder de plus près, ce film est plein de références religieuses, à commencer par certains noms : la belle Trinity, ou Zion la terre mythique…Mais on y trouve surtout toutes les grandes situations qui peuplent l’univers religieux habituel : l’esclavage et la libération, le choix et la liberté, le rêve et le réel (cf. l’allégorie platonicienne de la caverne), la prophétie (l’oracle avec une citation de l’oracle de Delphes : « Connais-toi toi même ») et sa réalisation, la fidélité et la trahison (cf. Cypher, le Judas du film), la foi et le doute (Morpheus et Cypher comme Lucifer ?), la quête du savoir et la vérité, la fatalité et le destin, l’esprit et la chair. La figure de Neo peut même apparaître comme quasi christique à certains moments. Voici un homme qui ressemble à tous les autres ; pourtant, il va découvrir qu’il a une mission à remplir : lui seul peut sauver le monde (le thème de l’élection ; il est l’Elu). A plusieurs reprises, il choisit librement d’aller plus loin dans l’acceptation de cette mission. Cela passe pour lui à une sorte de naissance à une vie nouvelle, la vraie vie, où il prend conscience à la fois de sa véritable origine et de sa propre chair (cf. le choix de la pilule et la scène de renaissance « baptismale » qui s’en suit, Jean 3, 3). Cette incarnation s’opère en vue du sauvetage de l’humanité tenue en esclavage. On pourrait presque parler de « rédemption », si on voulait utiliser un vocabulaire chrétien. L’enjeu est bien que les gens quittent le monde virtuel et habitent leur humanité (le film souligne à quel point la majorité ne veut pas s’engager dans ce chemin difficile de clairvoyance et de libération !). La vie libre, c’est de vivre dans le monde tel qu’il est vraiment, même cabossé. En le cherchant puis en le reconnaissant comme l’Elu, Morpheus prend des allures de Jean Baptiste qui annonce, révèle et prépare la mission de libération de Neo (comme Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance). Celui-ci doute et souffre. Il est même tenté de tout arrêter, et pourtant il commence peu à peu à croire qu’il est l’élu. En fait, il le devient quand il y croit. Sa force n’est pas d’abord dans les armes, comme on pourrait le penser lorsqu’il libère Morpheus, mais plutôt dans la maîtrise de la réalité qu’il va finir par acquérir. Et au bout du compte, c’est bien l’amour qui, en arrêtant le mouvement de la mort, le ramène à la vie (mystère pascal). La scène finale peut évoquer quant à elle l’Ascension… ».

23. Que pensez-vous de la place subitement prise par la technologie et le virtuel dans notre monde ?
Comment l'individu peut-il éviter de s'y perdre ? Comment annoncer efficacement l'Évangile dans cette nouvelle dimension ?


RC : Personnellement j’essaie d’être le moins possible esclave de la technologie. Mon portable (qui n’est qu’un téléphone et pas un gadget du type Iphone…) reste souvent à la maison et je réponds rarement si je suis en conversation avec un être réel en face de moi ! Je n’ai pas d’ordinateur portable et je peux très bien me passer d’Internet pendant une période, même si les mails sont devenus un outil de travail aussi pour les prêtres ! Mais je profite des vacances pour prendre de la distance. Je trouve beaucoup plus enrichissant de lire, de regarder un film ou encore d’écouter de la musique que de surfer sur Internet. Et je ne suis pas prêt de remplacer mes vrais livres par des liseuses électroniques… Je suis choqué de constater qu’à Copenhague beaucoup de personnes, surtout des jeunes, se déplacent en permanence et en tout lieu avec un casque audio, enfermées dans leur bulle. Cette emprise de la technologie sur les personnes correspond à mon avis  à une solitude grandissante et à une incapacité de communiquer gratuitement, les deux étant liés. Et peut-être aussi à une peur du contact avec autrui et avec la réalité environnante. Pour ce qui est du « virtuel » je n’ai jamais été un adepte des jeux vidéo. La Science-fiction en littérature et au cinéma est un domaine culturel très intéressant. Mais passer des heures et des jours entiers dans un monde virtuel ne m’attire absolument pas. Internet a certainement beaucoup d’aspects positifs. Par exemple on y lit les meilleures chroniques de films, d’albums ou de livres. Mais c’est aussi un outil redoutable entre les mains de ceux qui veulent manipuler les autres et s’ériger en juges et en censeurs de toutes choses alors qu’ils n’en ont pas toujours les compétences ni l’autorité. Je me disais à propos des récentes affaires suscitées par Civitas autour de la « christianophobie » que sans ce relai médiatique les manifestations auraient été un échec. Et surtout qu’un nouveau magistère autoproclamé se constitue sur Internet, particulièrement dans le « Tradiland » mais aussi à l’opposé dans des milieux très progressistes, magistère malheureusement plus écouté que la parole des Evêques de France. Voilà ce que j’écrivais à ce propos :

« Si par malheur un évêque refuse de se plier aux décisions de Civitas et ose appeler les catholiques à la réflexion nécessaire avant toute action ou encore au dialogue avec le monde de la culture il sera l’objet des foudres des sites du Tradiland, et en particulier du site Perepiscopus (Golias à l’envers, toujours la même tactique : on prend les méthodes de l’ennemi, ici les catholiques progressistes, et on les inverse mais en gardant le même état d’esprit). Du côté des ultras progressistes on avait le Trombinoscope des Evêques de France, du côté des intégristes nous avons l’équivalent avec Perepiscopus qui distribue les bonnes et les mauvaises notes aux Evêques en fonction bien sûr de ses critères de jugements qui sont pour le moins très subjectifs et orientés. Perepiscopus c’est un peu la même méthode terroriste que les agences de notation Moody et Fitch : si un évêque ose résister à l’idéologie du Tradiland ou n’est pas fan du rite extraordinaire sa note est immédiatement dégradée… Il ne semble pas que le jugement des Evêques par des laïcs soit précisément une attitude fidèle à la Tradition de l’Eglise. De même qu’il y a les bons catholiques et les catholiques « mous », de même il y a les bons évêques et les mauvais… Le Magistère et l’autorité d’enseignement se sont déplacés des chaires des cathédrales aux blogs du Tradiland qui veulent faire régner leurs lois et leurs principes sur l’ensemble des catholiques français. Ce n’est plus la communion avec son évêque qui fait que l’on est catholique mais l’adhésion sans réserve et sans discussion à des idéologies douteuses et politisées. »  

Christine Boutin ose se démarquer des manœuvres de Civitas, immédiatement les blogs du Tradiland lui retirent le droit de se présenter comme une femme politique catholique ! « La seule soi-disant "catholique" se démarque des députés qui soutiennent Civitas » (http://www.fecit-forum.org/forum.php?id=9658) ou encore sur France Jeunesse Civitas : « La Boutin de la République (re)fait des siennes. Christine Boutin, « l’attrape vote catho bobo » s’est exprimée à propos des protestations organisées par Civitas ». Vous noterez la finesse de l’argumentation… et le respect des personnes de la part de ces catholiques qui se prétendent l’élite de notre pays ! A part la haine du « catho bobo » rien si ce n’est un vide intellectuel effrayant…  On retrouve cette même « bobophobie » (amusons-nous à créer ce nouveau terme puisque c’est tendance actuellement !) sur le site du Renouveau Français (qui vient en aide à Civitas par des actions comme l’interruption d’une pièce de théâtre) : « Face aux 400 bobos venus se délecter de pseudo « art » scatologique, les militants du Renouveau français sont montés sur la scène aux cris de « Christianohobie, ça suffit !  » Je ne savais pas, pour ma part, que les « bobos » étaient condamnés aux flammes de l’enfer et que le salut du Christ ne leur était pas offert, à eux aussi ! Voilà ce que permet Internet. Moi-même j’ai été en désaccord avec Christine Boutin sur sa position anti-Hellfest mais cela ne m’a jamais empêché de la considérer comme une sœur dans la foi et de lui dire à l’occasion tout mon respect pour son courage politique. Ce n’est pas parce que quelqu’un n’est pas d’accord avec moi qu’il perd automatiquement sa qualité de catholique ! J’ai aussi remarqué que les soi-disant débats sur les forums et blogs d’Internet ressemblent davantage à un défoulement collectif qu’à un lieu d’expression sereine et argumentée de ses opinions. C’est même dans la plupart des cas un dialogue de sourds. Alors mieux vaut se retirer et ne plus y perdre son temps. Après il est évident que l’Eglise catholique doit être présente sur Internet et qu’un blog comme celui de Patrice de Plunkett  est précieux pour aider les catholiques français à avoir une lecture évangélique de l’actualité en lien avec l’enseignement de l’Eglise en France et à Rome (pape et évêques).

24. Que pensez-vous de la présence de plus en plus étendue de l'Islam en Europe ? Qu'est ce qui fait qu'un pays luthérien tel que celui où vous vous trouvez actuellement se positionne beaucoup plus ouvertement contre l'Islam?

RC : La présence de l’Islam en Europe n’est que la conséquence de flux migratoires et du marché du travail tel qu’il est conçu dans le capitalisme mondialiste. Je ne sais pas sur quoi vous vous basez pour affirmer que le Danemark se positionne plus ouvertement contre l’Islam que la France. L’affaire des caricatures de Mahomet ? Je pense plutôt le contraire. Ici à Copenhague il m’est arrivé de voir des femmes portant le voile intégral. Ce qui est interdit dans notre pays ne l’est pas au Danemark. Je profite de votre question pour vous livrer quelques réflexions sur la notion de religion d’Etat. Le Danemark est en effet un royaume luthérien. En 2009 80% des danois étaient membres de l’Eglise du peuple (Eglise luthérienne d’Etat), chiffre en baisse de 10% par rapport à 1990, mais qui demeure impressionnant. Kirkegaard avait vu juste en dénonçant l’hypocrisie de cette situation. L’Eglise du peuple comme religion d’Etat est en fait une coquille vide, une belle illusion comme le montrent d’autres chiffres. A Copenhague, en 2008, seulement 49% des enfants ont été baptisés. Mais le contraste le plus significatif se trouve dans les statistiques de la pratique mensuelle : sur les 80% de danois se reconnaissant comme luthériens seulement 10% fréquentent le culte une fois par mois… Sur l’ensemble de la population danoise seulement 48% affirment croire en Dieu ! Le Danemark est l’exemple typique d’un pays avec une religion d’Etat subventionnée et bénéficiant d’un monopole impressionnant et qui est en même temps l’un des pays les plus sécularisés d’Europe ! Cela devrait faire réfléchir tous ceux qui, en France, rêvent à un improbable retour à la « chrétienté » d’avant 1789… La foi ne s’est jamais communiquée par des lois mais par l’exemple et le témoignage de chrétiens fervents et convaincus. L’Eglise a besoin de saints, pas de militants.

25. Vous exercez actuellement votre ministère à l'étranger, et en préparant cette interview nous nous sommes aperçus que vous avez beaucoup voyagé. Quel regard portez-vous sur l'avenir du catholicisme en France et dans le Monde ?

RC : Je suis en effet au service de la communauté catholique francophone du Danemark depuis septembre 2010. Mais ce n’est pas ma première expérience sacerdotale en dehors de la France : J’ai vécu ma première année de sacerdoce en tant que prêtre étudiant à Rome avec une insertion apostolique dans une paroisse et auprès des scouts, ensuite j’ai souvent passé mes vacances à l’étranger en remplaçant pendant un mois des prêtres en Allemagne et à Los Angeles. Je vois l’avenir de l’Eglise catholique avec confiance. Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’on sait que son Chef c’est le Christ ressuscité lui-même ? Si l’Eglise n’était qu’une institution humaine on aurait en effet beaucoup de soucis à se faire quant à son avenir. Mais l’Eglise a les promesses du Christ pour elle : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les forces de mort ne l’emporteront pas sur elle » (Mt 16, 18). A côté de cette assurance qui nous vient du Seigneur, nous trouvons aussi dans l’Evangile une interrogation angoissée : « Mais quand viendra le Fils de l’Homme, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). La vitalité de la foi a changé de lieux tout au long de l’histoire de l’Eglise. Des pays comme l’actuelle Turquie qui étaient entièrement chrétiens sont devenus musulmans etc. Il est clair que les forces vives de l’Eglise ne se trouvent plus en Europe en 2011 mais en Afrique et en Asie. L’Eglise suit le même chemin que son Maître et avant de parvenir à la gloire de la résurrection elle passe elle aussi par les affres de la mort. Il faut donc qu’elle accepte d’être une minorité en certains endroits de la planète là où auparavant elle semblait régir toute la vie sociale. Benoît XVI a utilisé ce concept de « minorité créative » et en a expliqué le sens, appliqué à l’Eglise, aux journalistes qui l’interrogeaient dans l’avion alors qu’il se rendait en République Tchèque, un pays très sécularisé, le 27 septembre 2009.  « Je dirais que, normalement, ce sont les minorités créatives qui déterminent l'avenir, et, en ce sens, l'Eglise catholique doit être vue comme une minorité créative qui possède un héritage de valeurs qui ne sont pas du passé mais qui sont une réalité très vivante et actuelle », a-t-il expliqué. « L'Eglise doit actualiser, être présente dans le débat public, dans notre combat pour un concept vrai de liberté et de paix », a-t-il affirmé. Le pape considère que la contribution de l'Eglise doit se faire à trois niveaux : intellectuel, éducatif et caritatif. Au premier niveau, « le grand dialogue intellectuel, éthique et humain », il a souligné en particulier « le dialogue intellectuel entre les agnostiques et les croyants ». « Ils ont tous deux besoin de l'autre : l'agnostique ne peut pas être content de ne pas savoir si Dieu existe ou non, mais il doit être en recherche et percevoir le grand héritage de la foi », a-t-il dit. D'autre part, a-t-il ajouté, « le catholique ne peut pas se contenter d'avoir la foi, mais il doit être à la recherche de Dieu, encore davantage, et dans le dialogue avec les autres, il réapprend Dieu de manière plus profonde ». Abordant la question de la contribution catholique dans le domaine éducatif, le pape a constaté que « l'Eglise a beaucoup à faire et à donner », car en ce moment, on traverse une « urgence éducative ». « C'est un problème commun à tout l'Occident : ici, l'Eglise doit à nouveau actualiser, concrétiser, ouvrir son grand héritage pour l'avenir », a-t-il déclaré. Concernant la question de la charité, le pape a rappelé que l'Eglise a toujours eu la charité « comme signe de son identité : celui de venir en aide aux pauvres, d'être un instrument de la charité ». Comme exemple de ce travail, l'évêque de Rome a présenté la Caritas, qui « est très active dans les diverses communautés, dans les situations de nécessité, et offre beaucoup aussi à l'humanité souffrante sur les divers continents, en donnant ainsi un exemple de responsabilité envers les autres, de solidarité internationale, qui est aussi une condition de la paix ». Au regard de l’actualité récente du catholicisme je trouve ce concept de « minorité créative » très intéressant. Par ailleurs je me demande s’il n’existe pas au niveau de la hiérarchie de l’Eglise une certaine peur par rapport aux statistiques concernant la foi en Europe, en particulier au niveau des vocations sacerdotales. Cette peur expliquerait à mon sens le retard que l’Eglise a pris pour mettre de l’ordre dans des congrégations religieuses touchées par le scandale de la pédophilie. Ces congrégations avaient toutes pour caractéristiques d’avoir de nombreuses vocations, en particulier les Légionnaires du Christ mais aussi d’autres congrégations plus présentes en France comme les Frères de saint Jean (« petits gris ») et la communauté charismatique des Béatitudes. En lien avec ces scandales de pédophilie on a aussi relevé des abus d’autorité dans le fonctionnement interne de certaines communautés sans parler d’un culte de la personnalité par rapport aux fondateurs ou aux supérieurs. Il est donc dangereux pour l’Eglise d’être obsédée par les chiffres. Le but de l’Eglise n’est pas d’aligner des statistiques ronflantes. La vie spirituelle ne peut être comptabilisée. Le seul but de l’Eglise c’est d’annoncer et de proposer l’Evangile du Christ à tous dans le respect de la liberté des consciences. Mieux vaut avoir peu de vocations, mais des vocations éprouvées avec discernement, que beaucoup de prêtres et de religieux en utilisant des méthodes de recrutement douteuses et un exercice de l’autorité présentant des dérives sectaires. Un autre aspect de la vie de l’Eglise me semble poser question pour son avenir : celui du centralisme romain dans le gouvernement de l’Eglise, un centralisme qui n’a fait qu’augmenter tout au long de l’histoire du catholicisme. Je ne suis pas du tout atteint par ce que le cardinal Hans Urs von Balthasar appelait « le complexe anti-romain ». Je suis au contraire convaincu que la primauté de Pierre et le service de la communion universelle par le pape sont des trésors du catholicisme et que nous avons de la chance d’en bénéficier par rapport aux protestants par exemple. Simplement il ne faudrait pas que les évêques en soient réduits à n’être que des préfets du pape et que leur charge d’enseignement se limite à commenter les déclarations pontificales. Ce serait une source de grand appauvrissement théologique pour notre Eglise. Qui est capable, si ce n’est un patrologue ou un historien, de citer les noms des papes de l’époque de saint Augustin ? Qui dans un siècle sera capable de citer le nom d’un évêque européen ayant marqué l’Eglise par son enseignement ? La primauté de Pierre dans l’Eglise pourrait s’exercer d’une autre manière. Il est assez surprenant que l’Eglise dans sa Doctrine sociale enseigne le principe de subsidiarité (Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, n°185-188) comme un principe fondamental tout en maintenant une structure de gouvernement excessivement centralisée ! Il semble bien y avoir une contradiction entre ce que l’on affirme et ce que l’on vit. Le Concile Vatican II a rappelé l’importance du collège des Evêques en communion avec le pape. Jean-Paul II reprenait cet enseignement dans son encyclique Ut unum sint : « Tout cela doit toujours être accompli dans la communion. Lorsque l'Eglise catholique affirme que la fonction de l'Evêque de Rome répond à la volonté du Christ, elle ne sépare pas cette fonction de la mission confiée à l'ensemble des Evêques, eux aussi « vicaires et légats du Christ ». L'Evêque de Rome appartient à leur « collège » et ils sont ses frères dans le ministère. » (n°95).  Mais la réalité ne reflète que très peu cette conviction. Je ne suis pas certain que dans sa volonté de réintégrer dans l’Eglise la Fraternité Saint Pie X le pape Benoît XVI ait consulté et écouté ses frères dans l’épiscopat de l’Eglise de France, évêques qui sont les premiers concernés par le phénomène intégriste qui est essentiellement français donc très peu universel. Dans le même numéro de son encyclique consacrée à l’œcuménisme Jean-Paul II écrit : « Je prie l'Esprit Saint de nous donner sa lumière et d'éclairer tous les pasteurs et théologiens de nos Églises, afin que nous puissions chercher, évidemment ensemble, les formes dans lesquelles ce ministère pourra réaliser un service d'amour reconnu par les uns et par les autres ». C’est donc qu’il n’y a pas une forme unique de l’exercice du ministère de communion du pape et que la forme actuelle n’est peut-être pas la meilleure pour la vitalité de l’Eglise et pour l’œcuménisme. Nous avons l’exemple des patriarches orthodoxes qui s’enracine dans la tradition la plus antique du christianisme. Le pape se définit lui-même comme « le serviteur des serviteurs de Dieu ». Sa vocation est précieuse et magnifique. C’est pour cette raison qu’une certaine « papolâtrie » actuelle m’attriste. Pour certains catholiques le pape semble être devenu l’équivalent d’une star du Rock que l’on veut voir à tout prix, toucher si possible, acclamer et applaudir. Les papes du dernier Concile (Jean XXIII et Paul VI) avaient simplifié tout le cérémonial qui entourait la personne du pape par souci de fidélité à l’Evangile. Il me semble important que ce message de simplicité ne soit pas oublié. Un signe de cette « papolâtrie » ambiante se trouve dans des expressions désormais devenues courantes comme « Génération Jean-Paul II » et maintenant « Génération Benoît XVI ». Ces expressions sont utilisées par de jeunes catholiques fervents ayant participé avec enthousiasme aux JMJ.  Mais cela n’a guère de sens pour un catholique d’affirmer qu’il appartient à la « génération Benoît XVI » ! Il vit à une époque qui correspond en effet au pontificat de Benoît XVI. Il est cependant étrange pour un catholique de se définir par rapport à un pape. Ce phénomène récent (on ne parlait pas de « Génération Pie XII ») occulte la véritable identité du catholique qui lui est donnée par les sacrements de baptême et de confirmation. La référence c’est le Christ et lui seul dans son mystère de mort et de résurrection. Les papes passent et ne sont que des hommes, seul le Christ ressuscité demeure à jamais, lui qui est l’Alpha et l’Omega. Pour terminer ces réflexions je pense que la Lettre aux catholiques de France, document des Evêques de notre pays publié en 1996 sous le titre de Proposer la foi dans la société actuelle, n’a rien perdu de son actualité. Les catholiques français peuvent s’en inspirer avec profit pour envisager l’avenir de l’Eglise dans notre pays avec sérénité et espérance.

propos recueillis par Armand Durand



Toutes les réactions (3)

1. 21/12/2011 20:57 - commequidirait

commequidiraitUn texte passionnant, concis et que tous auront dévoré avec enthousiasme !! Que de brio, que d'ouverture d'esprit ! Enfin un jeune homme moderne qui ne trouve pas inconciliable l'amour du Métal et la Parole Divine- non sans quelques assommantes divagations apostolique certes, mais quoi : le Salut implique de souffrir ici bas ! En tout cas, ça fait vraiment plaisir de voir un prêtre dans le vent, vraiment branché quoi !
Promis, dès demain je me renseigne sur le saint-homme digne de recevoir ma confession, et j'espère pouvoir également avec lui discuter des Tarentino.
Chic alors !

2. 02/01/2012 14:54 - Serge

SergeTexte passionnant, surtout l'analyse sur Civitas. "L’Eglise a besoin de saints, pas de militants". A méditer par certains écrivains de sciences fictions. Le catharisme a été vaincu en Occitanie par les prêches de Saint Dominique pas par les croisés de Simon de Montfort.

3. 27/10/2012 00:41 - de-ecclesia.com

de-ecclesia.comJe n'ai rien contre l'insertion d'un prêtre dans les milieux incroyants, car c'est la mission des prêtres que d'aller chercher les brebis perdues. Mais je m'insurge contre un ambiguïté et un manichéisme :

- ambiguïté : une musique faite de fureur sonore est à l'opposé de l'expression du divin, lequel ne peut être exprimé que par la suavité. Etre fondu dans l'amour du Christ et être fan d'une musique qui fait monter la tension, c'est pour moi une contradiction interne, et chez le Père Culat elle est pour moi particulièrement "lisible".
J'ajoute que je parle à l'appui d'une double expérience : celle de la musique sacrée dont je connais parfaitement les moteurs internes, mais aussi celle du milieu rock/variété, que j'ai fréquenté longtemps en tant que technicien du son (concerts et studio). Je sais donc différencier ce qui, dans les profondeurs de l'homme, le meut vers la fureur ou la douceur. Et je dis qu'on ne peut pas servir deux maîtres quand on prétend préfigurer la Jérusalem céleste. Qu'on tisse des relations, c'est bien. Qu'on pratique l'ambivalence, ça ne l'est pas.

- manichéisme : le Père Culat perd son temps à vouloir dresser les "tradis" et les "conciliaires". Je ne sais pas pourquoi il pique une crise d'urticaire prolongée à ce sujet. Je note qu'il se plait à opposer des catholiques qui ont besoin d'unité, et que, justement, il "oublie" de susciter cette unité. Or c'est pourtant sa mission.
Cette guéguerre entre tendances catholiques est de plus périmée, et ce vieux combat est celui du "vieil hommes" dont le Père Culat tarde beaucoup à se débarrasser. Cet antagonisme diviseur n'intéresse pas les jeunes générations, ceux qui le portent encore aujourd'hui ont déjà un pied dans les maisons de retraite. Tant mieux. Les jeunes eux - et les métalleux avec - n'en ont strictement rien à faire.

Pour synthétiser : le Père Culat est se soucie de tisser des ponts avec des métalleux, mais il se soucie aussi de conserver les divisions entre catholiques, notamment par des propos fort contestables. Je m'autorise à trouver cela étrange. Faire le bien d'une main et le mal de l'autre, je ne crois pas une seconde qu'un homme d'église puisse en être fier.

Le prêtre est le prêtre de tous, et non pas de quelques uns. Eprouver un amour zélé pour les métalleux devraient s'équilibrer avec un même amour pour les tradis. Ce n'est pas le cas. Je parle bien ici d'un déséquilibre, et je pèse le mot.

Ring 2012
Armand Durand par Armand Durand

Directeur du service juridique des éditions Ring, Avocat à la Cour.

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Un texte passionnant, concis et que tous auront dévoré avec enthousiasme !! Que de brio, que d'ouverture d'esprit ! Enfin un jeune homme moderne qui ne trouve pas inconciliable l'amour du Métal et...

commequidirait21/12/2011 20:57 commequidirait
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