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Richard Millet et son Éloge littéraire d’Anders Breivik

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Pierre Cormary - le 13/09/2012 - 14 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Richard Millet a raison de s’intéresser au mal. Mais le fait-il bien ?




On voudrait écrire deux articles sur Richard Millet.


Dans le premier, on prendrait fait et cause pour un écrivain dont les livres nous enchantent depuis longtemps et dont l’engagement militaire et littéraire force notre respect – quel autre écrivain français vivant est-il arrivé à ce point à mettre en adéquation sa vie et son œuvre, l’écriture étant pour lui la façon de continuer la guerre par d’autres moyens, et dont La confession négative reste le modèle terrible et édifiant ? Mélanges de sang, de volupté et de mort, transcendés par l’un des plus beaux styles français, sinon le plus beau, et même lorsqu’il parle d’excréments et de vomi comme dans Lauve le Pur, les livres de Millet sont des expériences synesthésiques pures, souvent déchirantes, et dans lesquelles la mémoire des hommes, la sienne autant que la nôtre,  la sienne, donc la nôtre, sont convoquées entre l’ombre et la glaise.

Dans ce premier article, on saluerait le courage don quichottesque, sinon suicidaire, et comme lui-même semble l’appréhender dès sa citation du Feu Follet de Drieu mis en exergue du livre le plus vilipendé de cette rentrée, qu’il y a à lancer un tel pavé anti-multiculturaliste dans la mare germanopratine - tant s’en prendre aujourd’hui, et avec une telle rage et un tel désespoir, à ce qui est, selon lui, la « créolisation triomphante » du monde et, sans prudence dialectique aucune, oser faire remarquer que celle-ci n’est pas forcément la meilleure chose qui pouvait nous arriver à nous autres Européens, et que c’est pour cette raison que des esprits fragiles comme Anders Breivik peuvent péter les plombs et se croire investis d’une « mission punitive », portant à un état d’exacerbation morale, et dans son cas, jusqu’au crime de masse, un sentiment somme toute partagé par beaucoup d’autochtones, inquiets de ce qu’ils considèrent à tort ou à raison comme une perte d’identité progressive, une invasion barbare sournoise, et l’interdiction intellectuelle et médiatique, désormais établie, de se référer à ce concept honni du «  chez nous »,  est en effet tout ce qu’il ne faut pas faire quand on est l’un des éditeurs les plus avisés de Paris, donc de France - sinon de France contre Paris. 

Et c’est cette provocation, certainement discutable, au fond provinciale, faite par un terrien en plein camp des saints,  extraordinaire piège à cons, que l’on applaudirait non sans jubilation, et ne serait-ce que pour avoir tenté un rééquilibrage polémique - cet « éloge littéraire de Breivik » ne faisant au fond que rejoindre le rayon des apologies de terroristes dont nous avons l’habitude en France, qu’ils soient signés Patrick Besson (Sonnet pour Florence Rey et autres textes , 1996) ou Marc-Edouard Nabe (qui dans Une lueur d’espoir, en 2001, faisait l’éloge « christique » de Ben Laden), et sans compter les innombrables articles, textes, films, louant, avec plus ou moins de distance critique, les exploits de Carlos, Battisti, Baader et sa bande, Nathalie Ménigon et ses boys, ni non plus ceux de Che Guevara ou de Mesrine, autant de « héros meurtriers », d’ « assassins sublimes » qu’une certaine mystique de gauche n’a pas renoncé à encenser, au moins à pardonner, dans tous les cas à admirer, et pas si secrètement que ça, au nom de leur volontarisme politique, leur idéalisme rouge, leur passion de l’égalité, leur addiction à la justice sociale, leur romantisme révolutionnaire, leur collant de Robin des Bois, et sans bien entendu se soucier, autre que de manière rhétorique,  des cadavres que ces « conquérants de la liberté » ont laissé derrière eux.

« Individuellement, c’est monstrueux. Globalement, c’est génial », écrivait Nabe à propos des attentats du 11 septembre, sans que cela n’émeuve personne. Au contraire, les cadavres de Breivik sont, eux, immédiatement jetés à la tête de  Millet et à chacun de ses lecteurs et selon cette admonestation dont se moquait un jour Basile de Koch parce qu’elle va toujours à deux vitesses selon que l’on soit d’un camp ou d’un autre : « vous n’avez pas le droit de dire ça, il y a des gens qui sont morts. » Et en effet, s’il est encore et toujours admis en France de faire, depuis 1793, l’éloge des terroristes d’extrême gauche, il est en revanche infect, abject, indécent, d’en faire un d’un terroriste d’extrême droite – le terme terroriste étant même, pour les idéologues de gauche, déjà de trop pour qualifier un psychopathe qu’il faut enfermer dans sa folie narcissique et dont il n’est pas question un instant de considérer la Weltansschauung comme on considère celle d’un ange exterminateur d’Action Directe ou des Brigades Rouges. De ce point de vue, grâce soit rendue au tribunal norvégien d’avoir condamné pénalement Breivik et qualifié ses actes de « terroristes », et cela même au risque de lui faire « plaisir » à lui, Breivik - le paradoxe de cette affaire résidant dans le fait que le punir réellement aurait justement consisté à ne pas le punir pénalement mais à l’enfermer dans un asile pour le « soigner », ce qui pour lui, déclarait-il, aurait été le sort le plus insoutenable, car dans ce cas-là, on aurait mis à bas ses plans, on l’aurait nié dans sa volonté politique, on en aurait fait un cas psychiatrique plutôt qu’un symptôme du malaise dans la civilisation, celui que justement Millet veut pointer dans ses essais, et pour qui Breivik n’est ni un héros mystique, ni un soldat de la dernière chance, comme certains inquisiteurs journalistiques ont voulu à tout à tout prix le lui faire avouer, mais bien le produit malheureux et le bourreau dégueulasse de « la grande perte d’innocence et d’espoir caractérisant l’Occident et qui sont les autres noms de la ruine de la valeur et du sens » et dont les crimes ne sont « au mieux [qu’] une manifestation dérisoire de l’instinct de survie civilisationnelle ». En condamnant Breivik à une réclusion de vingt et un an, mais qui sera sans doute reconductible à vie, c’est-à-dire en prenant la dimension idéologique de ses actes, et malgré l’horreur qu’ils inspirent, « au sérieux »,  et même si c’était ce qu’il demandait, lui, le châtiment lui servant en quelque sorte de sacre (mais ce n’est pas parce qu’un pervers narcissique est content d’être châtié qu’on ne va pas le faire), la justice norvégienne a prouvé que le mal absolu ne relevait pas forcément de la folie et que l’on pouvait être un monstre idéologique même au pays de l’empire du bien.

On remercierait, enfin, l’auteur du Goût des femmes laides d’avoir joué ce rôle d’ « inquiéteur » que doit être tout écrivain digne de ce nom et d’avoir mis le doigt sur un nouveau type de terroriste qui échappe aux anciennes grilles de lectures sociopolitiques. Avec Breivik, en effet, les signes changent et, comme dans un film de Fincher dont il semble d’ailleurs sorti, il faut réapprendre les lire. Si le criminel de Millenium était un ancien nazi converti en psychopathe, Breivik est un psychopathe converti en nazi – ou en « défenseur de la race blanche européenne » comme il se définit avec une vanité dégradée et dégradante. En lui se confondent idéologie et pathologie, anomie sociale et appartenance, même en solo, à une communauté d’idée, lecture de Hobbes et de Baudrillard et parties effrénées de World of Warcraft. En ce sens, il correspond à notre époque « post-moderne » qui mélange tout et opère des syncrétismes étonnants entre le sérieux et le profane, la haute conscience politique et l'infantilisme meurtrier. Breivik, c’est Action Directe et Secret Story, terrorisme identitaire et renommée andy warholienne - une sorte d'Erostrate qui se prendrait pour Taxi Driver. Une nouvelle figure du mal, forcément fascinante pour qui officie dans la littérature.

Encore faut-il bien penser le mal – et c’est tout le problème de cet « éloge littéraire » qui à bien des égards n’est pas tellement laudatif et pas assez littéraire. Ce serait alors l’objet du second article que de reconnaître que si Millet a beau jeu de répéter que certains intellectuels et écrivains « dont il ne peut citer les noms » le soutiennent dans une polémique qui semble d’ailleurs le dépasser et lui faire rechercher presque la conciliation avec ses adversaires, comme ce fut le cas dans la première de Ce soir ou jamais, l’émission de Frédéric Taddéi, où pris à partie par un politologue de gauche, un philosophe du PS et une historienne des minorités, il a lâché que son livre pouvait être parfois « malheureux » avant de prétendre, presqu’avec soulagement, que le débat avait montré qu’ « au fond, tout le monde était à peu près d’accord »,  la vérité est qu’entre eux, les pro-Millet reconnaissent la relative indigence de cet Eloge, et du reste, des deux essais qui le complètent, plus redondants et scrogneugneu que clairvoyants et messianiques – la seule réussite littéraire de l’auteur en cette rentrée restant cet extraordinaire Intérieur avec deux femmes, dont on parlera en fin d’article si l’on n’a pas dépassé les dix mille signes accordés.

On serait alors bien embêté d’avouer qu’en matière d’essai, l’auteur du Sentiment de la langue a fait beaucoup mieux, non pas parce qu’il aurait tort de s’élever contre les ravages de ce qu’il appelle très justement le Culturel, et qui est le contraire de la culture, et encore moins de stigmatiser l’antiracisme comme terreur littéraire, là-dessus, il a mille fois raison,  mais parce qu’il n’était peut-être pas nécessaire de passer par Breivik et ses 78 morts pour le prouver, surtout pour finalement si peu en parler et tenter assez niaisement de faire croire que son titre était « ironique ». En vérité, ces dix-huit pages d’Eloge littéraire qui ne louent rien et blâment tout pêchent précisément par leur côté si peu « littéraire », du simple fait qu’il ne suffit pas de qualifier quelque chose de littéraire pour qu’elle le soit, et sont donc bien loin d’un Crime et Châtiment qu’il a peut-être rêvé d’écrire. Peut-être un James Ellroy ou un… Jonathan Littell pourraient tirer un jour quelque chose de cette spectaculaire tragédie qui en effet contient une pléthore de sens politique et métaphysique, et que veulent dénier à tout prix les tenants du Bien – même si son auteur, et c’est en ce sens que Millet se trompe profondément sur le plan culturel, ressemble beaucoup plus, post-modernité oblige, à un « Villain » de comics type le Joker de Batman qu’à Raskolnikov.

A ce propos, il est pitié de voir Millet s’en prendre, au nom de Chateaubriand et de Voltaire, à des écrivains comme Alexandre Dumas ou Conan Doyle, ancêtres, selon lui, de Dan Brown et de Umberto Eco ( !!!), alors qu’ils ont été les enchanteurs de l’enfance de bien d’entre nous et ceux précisément qui nous ont permis d’accéder plus tard à Stendhal et à Dostoïevski. Procédant ainsi, Millet ne fait que prouver que, tout enfermé dans ce qui n’est rien moins qu’une totémisation des chefs-d’œuvre classiques, non seulement il ne comprend rien à la littérature populaire qui, depuis Le Roman de Renard, a toujours été la compagne formidable de la littérature savante, sinon sa matrice nécessaire, mais encore tombe-t-il à pieds joints dans ce qu’il dénonce, c’est-à-dire… le culturel. A force de sacraliser cette Littérature qu'il aime tant, il ne se rend compte qu'il en fait un pur objet culturel, compact, autarcique, autiste, où tous les conflits de langue et de pensée auraient disparu au profit d’une langue souveraine et réconciliatrice des contraires, une vraie langue fantôme pour le coup, et par là-même oubliant grandement que la littérature, la vraie, a toujours été celle des conflits stylistiques, que le « mal écrire » a toujours été un grief entre écrivains (Gide avec Balzac, Hugo avec Stendhal, Céline avec tout le monde) et qu’il n’y a rien de plus culturel, pour ne pas dire de plus scolaire, et peut-être même de plus babélien (d’un Babel élitiste, ce qui est le comble !), que de se référer en même temps à Chateaubriand et à Voltaire. Si l’on ajoute à cette confusion du jugement, pourtant faite au nom de l’excellence, les pénibles avis qu’il croit bon d’émettre à l’égard de Michel Houellebecq ou d’Emmanuel Carrère, romanciers dont la maîtrise romanesque n’a rien à envier à Millet et pourrait même lui en remontrer sur le plan de la saisie du réel et de la narration, et à côté desquels il risquerait, en plus de tout le reste, de passer pour un  prétendant au roman, force est de constater que l’auteur de Ma vie parmi les ombres manque ici cruellement de cette « perfection formelle » qu’il reconnaissait aux crimes de Breivik et fait tout pour apparaître comme un grand fatigué du sens.

Et de sens, il n’y a plus au final que celui du désespoir, aboutissement logique de toute pensée décliniste, et avec l’orgueil mauvais de celui qui ne sait plus quoi faire pour être le maudit béni des lettres.  Car même si nous reprenons à notre compte la question civilisationnelle que pose Millet à travers l’affaire Breivik, et que nous pouvons comprendre, oui, que nous pouvons comprendre, car il existe bel et bien une amertume du gaulois à se retrouver aujourd’hui gallo-mondialisé, un désarroi à constater que l’identité nationale n’est plus ce qu’elle était (mais n’a-t-elle jamais été autre chose qu’une unité prise à partie par la diversité ?), une douleur réelle à voir changer le monde contre soi, ses valeurs, son clocher, son école, tous en faillite,  ce sentiment au fond de dépossession, à la fois ignoré par les politiques et dénigré, et de quelle manière odieuse, par les intellectuels, les uns et les autres refusant de voir ce qu’il y a d’impitoyable pour l’autochtone dans ces nouvelles mutations ethniques, la question que nous nous posons et que nous voudrions poser à Millet est celle-ci : - Très bien,  Richard, l’Europe est en crise, la France en décadence, la langue en paupérisation… Mais que faire ? Qu’attendre ? Que souhaiter ? Une guerre civile européenne ?  Une armée de Breivik ? Une politique résolument anti-métissage qui traquerait les couples mixtes ? Une discrimination positive dans le RER Chatelet Les Halles qui obligerait à transporter un nombre équivalents de « blancs » et de « non blancs » ? Une stérilisation en règle de tout ce qui n’est pas immédiatement romano-chrétien – européen – et comme l’ont fait précisément la Suède et la Norvège dans le passé ? Une autorisation de port d’armes pour tout français de souche, catholique et corrézien ? La terre, selon vous, ne serait plus que terre brûlée ? Le désespoir devrait-il avoir le dernier mot ? Serait-ce là parole de chrétien ? Que faire ? Vous ne savez pas ? Alors pourquoi se plaindre ? »

On serait alors tenté de renvoyer dos-à-dos les culs bénis et le cul-terreux et de se dire qu’il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de la culture, provocateurs et censeurs tous confondus, et qu’entre le politiquement correct et le politiquement abject, mieux vaut aller boire un coup.

Mais cette mise dans « le même sac » ne nous convient pas. D’une part, parce que la prose de Millet, celle des grands récits mémoriels, est toujours en nous et ne nous lâchera jamais – et peut-être le seul mérite de cette « affaire » sera de donner envie de découvrir un immense écrivain, « honneur et non déshonneur de la littérature » comme l’écrivait récemment son ami Pierre Nora dans un article pourtant sévère vis-à-vis de ses prises de position. D’autre part, parce que Millet a posé là, même maladroitement, des questions interdites par les tenants du Culturel en même temps que stigmatiser, et avec quelle force, la propension de ces derniers à fasciser, excommunier, lapider, tout ce qui déborde leur très délicate conscience. Nous rajouterons en outre que la propre propension de Millet à se tirer des boulets de canon dans la poitrine continuent de nous émouvoir et c’est pourquoi là où les contempteurs de Millet, tellement plus hargneux  que lui, parlent de marketing,  nous parlerons plutôt de masochisme, donc de blessure, c’est-à-dire de littérature. Enfin, il y a des principes à respecter. Je ne suis pas d’accord avec vous mais je ferai tout pour que vous puissiez le dire. Si l’on ne sait pas trop si Voltaire a bien écrit cette phrase, l’on sait, en revanche, trop bien, que les voltairiens autoproclamés ne la mettent jamais en pratique.  Et qu’au vu de ce que ce méchant petit livre à pu provoquer au sein des milieux autorisés de la rive gauche,  cette pétition infâme, ces abjects appels au renvoi de chez Gallimard, cette bien-pensance en rut, Millet se révèle alors, et ce n’est pas plus mal, comme notre Pussy Riot à nous.

Pierre Cormary

Richard Millet, Langue fantôme, suivi de Éloge littéraire d’Anders Breivik, Pierre Guillaume de Roux, août 2012, 120 p. 16 €
Richard Millet, De l’antiracisme comme terreur littéraire, Pierre Guillaume de Roux, août 2012, 93 p., 14, 90 €
Richard Millet, Intérieur avec deux femmes, Pierre-Guillaume de Roux, août 2012, 141 p., 16,90 €



Toutes les réactions (14)

1. 13/09/2012 13:15 - JYF

JYFExcellente analyse.

2. 13/09/2012 16:51 - Kornedaurok

KornedaurokQue faire ? vous ne savez pas !alors pourquoi se plaindre ?" se trouve sermonné Millet ..
les seuls mots (très ) contestables dans un si bel article !
Car si je ne connais pas les remèdes, en quoi cette ignorance m'enlève -t-elle le droit d'espérer la guérison ?

3. 13/09/2012 17:15 - Sébastien

SébastienEnfin une vraie critique des livres de Richard Millet, je commençais à désespérer de l'humanité. J'espère que vous aurez l'occasion, ici ou ailleurs, de parler du superbe Intérieur avec deux femmes, que vous n'avez fait qu'évoquer en passant. Ce récit mérite mieux que l'indifférence de la critique, qui a préféré se focaliser sur les dix-huit pages du scandale.

A propos de cet Eloge, il convient de souligner que l'auteur se place d'un point de vue esthétique et non éthique, il ne propose pas de remède car il sait que la situation est désespérée. Il adopte la posture du prophète pour dire à ses contemporains à quel point ils sont privés de liberté. Les solutions politiques ne l'intéressent pas, il méprise ce domaine. Le seul remède pour lui est surnaturel. Sa perspective est apocalyptique, à la Léon Bloy.

4. 15/09/2012 15:15 - Henri

HenriGrand plaisir à lire ce billet. Merci.

Votre France en décadence dans le grand concert des nations me fait penser, toutefois, à une situation de cour d'école. Cette France qui a perdu face au monde anglo-saxon, j'ai l'impression que parfois elle en envie la réussite et tente, inconsciemment, et vous me pardonnerez une telle grossièreté, de l'imiter.

La France culturiste, reflet de l'Amérique des cultures... À ceci près que si l'Amérique a pu passer par le choc des cultures pour se créer un avenir, entrainant avec elle le monde anglo-saxon, la France s'est faite diverse et ne peut plus que subir son présent. Et Richard Millet, par ses écrits et ses questionnements, rappelle ce vertigineux échec.

Peut-être est-ce pour cela qu'on ne veut pas entendre parler de cet auteur dans les cercles de la bien-pensance de gauche? Bien sur qu'il est un dissident du dogme officiel et mérite la censure, mais peut-être aussi, de manière plus décisive, qu'il pose à certains idéologues rouges la question presque taboue de ce qui constitue le succès et la réussite d'une société, d'un pays?

Il me semble que l'étalon de mesure pour définir la réussite d'un pays n'est autre que l'Amérique capitaliste, car qu'on le veuille ou non ce sont eux les "plus forts", et que ces penseurs gauchisants, sauvés des grands méchants nazis par les anglo-saxons mais refusant de s'intégrer à leur doxa économique ultra-matérialiste, misent sur ce qui reste: le "bien-être social", le "vivre-ensemble", le culturisme et autres substituts idéologiques permettant d'ignorer l'échec profond de la situation morale (et par là, politique) qu'ils ont créée. Situation qu'ils ont créée non par volonté de réussite évidemment, mais en réaction au succès de l'oncle Sam. "Tu as le fric? Moi j'ai la richesse spirituelle".

L'immigration africaine et arabo-musulmane, qu'on nous vendait et qu'on nous vend encore comme une force, est évidemment un échec complet, car sur le plan du bien-être socio-culturel et de la "richesse spirituelle", la diversité n'a effectivement rien à apporter si ce n'est des mosquées et la remise en question de l'identité autochtone--entrainant par là la mutation de cette-dernière en une horrible créature faible et moribonde qui n'a plus qu'à se persuader qu'à défaut d'être dans la course, elle est dans le "juste".

Et comme toute personne insatisfaite de son présent, cette petite chose qu'est la France de la diversité ré-écrit son passé. N'a-t-on pas entendu encore récemment, dans un documentaire sur l'Occupation, une narratrice faire le lien douloureux entre Résistance et idéologie anti-raciste?

J'ai une grande nostalgie du génie français artistique et scientifique des deux derniers siècles; non qu'il ait disparu (au contraire), mais il n'est plus reconnu. En fait, il s'agit plus exactement de la nostalgie d'une France qui s'aime, qui se célèbre pour ce qu'elle fait et non pour ce (ceux) qu'elle est. Comme tous les êtres déchus, la France des Flambys, anxieuse, ankylosée, croulante sous une morale qu'elle ne peut plus assumer, regarde vers les vainqueurs, les méprise et les admire secrètement. Elle est devenue, presque à la lettre, leur catin.

Et les nostalgiques de cette France, la "vraie France" ai-je envie de dire, n'ont plus qu'à faire l'éloge ironique des Breivik pour que, paradoxalement, on prenne leur mal au sérieux. La guerre civile française, européenne, occidentale que vous évoquiez ne me semble plus si absurde. Et puis pour tout dire, elle fait déjà rage sur le plan idéologique; son irruption dans le monde matériel ne serait pas si surprenante.

5. 16/09/2012 02:38 - calypso

calypsoCher Henri, vous êtes drôle. Parce que vous utilisez une ficelle de mise en scène grossière, consistant à vous donner en posture de juge, placé à la fois au-dessus et loin de l'enjeu, votre condescendant "Votre France", vous pensez réellement faire passer vos propos pour une analyse intelligente et singulière? Vous n'êtes pas plus que l'un de ces zélateurs de l'apocalypse que la méconnaissance des faits civilisationnels, conjuguée à une idéologiste simpliste, poussent à partout annoncer la fin du monde, de la France. Et ah! l'islam ! Pierre angulaire évidente du discours de l'apocalypsiste ! Votre analyse de "l'immigration africaine et arabo-musulmane", "qu'on nous vend encore comme une force" (on nous ment! on nous ment!), et qui n'a "rien à apporter si ce n'est des mosquées et la remise en question de l'identité autochtone" (marine au secours!), elle est digne de n'importe quel pilier de comptoir bien de chez nous, qui a lui, au moins, l'honnêteté de ne pas s'embarrasser de tant d'artifices.

6. 17/09/2012 11:57 - milla

millaDire que Nabe n'a connu aucun probléme suite à ses écrits est quand meme totalement faux.
Nabe n'avait juste aucun pouvoir dans le milieu litteraire parisien, etait grillé depuis bien plus longtemps, au contraire de Millet qui lui avait "mediatiquement" quelque chose à perdre (encore que, on a jamais autant parlé de Millet qu'en ce moment...).
On peut aussi imaginer Soral faire une apologie de Mehrah, personne n'en parlera, pas parceque ça ne choquera pas, mais parceque Soral est black listé depuis plus longtemps que Millet.
Quand au livre en lui meme, Millet se plante. Penser que la France se vautre dans la décadence à cause de ses immigrés, c'est faux. La destruction de la langue française n'a rien a voir avec l'islam mais est bien plus du à la "modernisation" (au standar yankee) de nos moeurs.
Il suffit d'aller dans un train (mettons au hasard, St Quentin/Lille, traversant le nord de la picardie et le nord pas de calais) pour s'en faire une raison: Meme les enfants blancs de la classe moyenne inférieure ne parle plus un mot de Français.
Je ne parle pas d'accent cht'i, je parle de syntaxe, je ne parle pas de fautes d'orthographes, je parle de concordence des temps.
Certaines phrases que j'ai pu entendre dans ce train voulait en faire dire le contraire de ce qu'elle disaient effectivement. Et malgré ça, tout le monde se comprenait.
Croyez moi, ces gamins là n'ecoutaient pas forcemment du rap, peut etre du metal, peut etre de la variet', peut etre rien du tout, en toute franchise, aucun rapport avec l'immigration. Millet n'est pas con, il le sait, et il est là son crime... jouer au mutin de panurge.

7. 19/09/2012 11:21 - Nejma

Nejma@Calypso, j'allais écrire un commentaire allant dans votre sens.
Ces adeptes de la guerre civile, Corps marrie en premier ont intérêt à savoir courir.

8. 20/09/2012 22:33 - Space

SpaceMerci pour cet article Pierre, il est très intéressant.
Je m'interroge quand vous expliquez que Millet ne propose rien pour remédier au mal qu'il dénonce. Aidez-moi, j'ai l'impression que c'est effectivement le noeud de ce problème très actuel.
Face au Mal qui croit actuellement dans le coeur des hommes (regardez les infos), les mots ont ils encore un quelconque pouvoir ? Quand chacun est persuadé que le mal réside chez autrui tandis que lui même détient le bien, comment espérer la moindre issue ?
J'ai l'impression que les mots sont usés par toutes les promesses non tenues et les incessants bavardages de notre époque. Ils ne sont plus que des incantations ayant perdu leur magie. Le verbe ne touche plus les coeurs.
Ici la présentation de David Vanneste sur l'église catholique belge qui ne sait plus parler du Christ (dans l'article Bye bye Belgium) me revient à l'esprit et me semble fort judicieuse.

Le mal se combat d'abord en soi-même, ne serait-ce que pour épargner au monde le poids de notre propre Ombre.

9. 23/09/2012 14:26 - Grégory

Grégory@ calypso,
Vous donnez des leçons que vous ne vous appliquez pas à vous-même...

Je ne comprends pas où est l'intelligence d'un raisonnement qui dénonce une "posture du juge" et qui se termine par "elle est digne de n'importe quel pilier de comptoir bien de chez nous, (...)", ce qui revient à dire que vous êtes, aussi, dans une "posture de juge"...

En conclusion, l'arroseur est arrosé.

10. 24/09/2012 16:47 - Salmon Sweet

Salmon SweetSchopenhauer disait que le débat est stérile, seule l'Esprit de Volonté domine ce monde.
Même si Gallimard réintégrais Mr Millet, je ne suis pas sur que les Français liraient le livre.
Au delà de Richard Millet, j'ai l'impression que nos sociétés lisent de moins en moins. Tout est dominé par l'image.

11. 24/09/2012 16:48 - Salmon Sweet

Salmon SweetVivement le troisième tour, qu'on rigole un peu et que les masques tombent.

12. 27/09/2012 11:53 - Constanza

ConstanzaMonsieur Millet s'est enfermé à jamais dans le cercle des vanités et ce pôvre Dominique de Roux doit se retourner dans sa tombe en voyant la vénalité de son grand dadais de fiston.

13. 29/09/2012 00:03 - Jojo bulle an pack de 12

Jojo bulle an pack de 12L'européo-mondialisme fait la guerre à la littérature ; du coup, on sait qui est le "copain" Barroso et tous les détaillants médiatico-mondains du vilain machin - l'UE. Wahoo, ça site Shopi sur le site, rapport au commentaires j'veux dire... ça impressionne super maxi un max. Sinon, moi, en ce moment, j'lis la notice de la dernière friteuse Seb - une cuillère d'huile pour 6 litres de pâtes -, mais en Thaï. C'est bon ? Forza Riri-Mimi !

Séguin for Ever et le Che d'avant l'accident.

14. 04/10/2012 16:58 - Jesse Darvas

Jesse Darvas@Pierre Cormary: je constate que le mot "chrétien" n'apparaît que deux fois dans votre article et le mot "catholique" pas du tout.

"Serait-ce là parole de chrétien ? Que faire ? Vous ne savez pas ? Alors pourquoi se plaindre ? "

Vous touchez du doigt, mais en l'effleurant seulement, le fond du problème chez Richard Millet: bien qu'il se dise "catholique", il a, à l'évidence, perdu la foi. Son texte, sous couvert de déploration du passé, est nihiliste - nihiliste parce que décliniste. Foi, espérance, charité: on ne trouve rien de tout cela dans les derniers textes de Millet, pleins de désespoir et de fureur rentrée, dépourvus de toute vraie compassion, et tout simplement vides de Dieu. Le catholicisme n'est chez lui qu'un marqueur identitaire - véritable hérésie puisque le christianisme (comme l'islam d'ailleurs, que Millet semble bien mal comprendre) est une religion universelle qui ne fait aucune différence entre les hommes selon leur couleur de peau ou leur origine.
"il n'y a plus ni juifs, ni grecs, ni esclaves, ni hommes libres, etc.": l'universalisme cosmopolite est né avec Paul et s'est poursuivi, en Arabie, avec Muhammad. En refusant de voir le lien entre l'indifférenciation moderne et ses racines religieuses, voire en opposant l'une aux autres, Millet commet un contre-sens historique. En bon girardien, j'aurais souhaité que vous relevassiez cet élément crucial pour apprécier le sens de son positionnement.

Ring 2012
Pierre Cormary par Pierre Cormary

Littérateur et éditorialiste. Ring Wall of Fame.

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Excellente analyse.

JYF13/09/2012 13:15 JYF
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