Sur le RING

Les Ballons d’Or de Raymond

SURLERING.COM - ADRENALINE - par Loïc Lorent - le 04/01/2011 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 

Plus que quelques jours avant l’attribution du Ballon d’Or 2010. A ce stade de la compétition, trois prétendants s’affrontent encore : Messi, Iniesta, Xavi. « Injuste » selon Raymond Domenech. Entre deux parties de poker et un rendez-vous aux prud’hommes, l’ancien sélectionneur des Bleus a bien voulu nous envoyer sa liste « des gars qui méritent plus que ces trois danseuses ».



Mark van Bommel « Pour sa hargne »

 
« Je n’ai jamais caché que j’avais un faible pour les joueurs rugueux, voire « limites », comme disent les journalistes. D’ailleurs, je persiste et signe : Materazzi a bien fait de chambrer Zidane. Mais je n’aime pas trop les Italiens, et de plus, à l’Inter, Marco a passé plus de temps sur le banc que sur le terrain. Alors que Mark, lui, il est toujours là, 365 jours par an, rodant autour du rond central dans l’attente d’un tibia désinvolte, d’un genou aveugle, d’une tête trop inclinée. Ce garçon, c’est Spartacus, un état d’esprit hors du commun. C’est un guerrier comme lui que j’aurais aimé avoir en équipe de France. En 2006, j’avais Pat’ Vieira. Puis j’ai eu Toulalan… Bref, Mark, c’est ce qu’on appelle un leader naturel. Dans le vestiaire, tu n’mouftes pas. Vous pensez sérieusement que Nico m’aurait dit d’aller … ma maman si Mark avait été là ? Et puis quel beau palmarès ! Plusieurs fois champion des Pays-Bas, d’Espagne, d’Allemagne, et finaliste de la Coupe du Monde cet été (et de la C1 quelques semaines plus tôt). On nous parle tout le temps de Sneijder et Robben, mais si vous avez regardé comme moi les matchs des Hollandais, vous savez que leur superbe parcours a plus tenu aux tacles racés des hommes de derrière qu’aux arabesques de ceux de devant. Imaginez : les Oranje gagnent la compétition. Le lendemain, dans L’Equipe, au lieu d’écrire « les attentats de van Bommel », le scribouillard de service aurait parlé du « l’engagement de chaque instant de van Bommel ». Vae victis, n’est-ce pas. » 

John Terry « Pour la dramaturgie »

« Sans lui, c’est bien simple, les Anglais n’auraient même pas passé la phase de poules. Vous vous souvenez de son sauvetage façon Superman contre l’Algérie – ou les Etats-Unis, je ne sais plus ? Si seulement Gallas avait fait montre de la même abnégation… D’ailleurs, je lui disais souvent, à William : « Fais donc montre d’abnégation ! » Je vous laisse imaginer la perplexité abyssale qui habitait alors son regard. Jojo – oui, je l’aurais appelé comme ça si j’avais été sélectionneur de l’équipe d’Angleterre – il a quand même tout raflé avec Chelsea, sauf la Coupe des Champions. Le pénalty décisif lors de la finale contre Manchester, c’est lui qui le rate. La dramaturgie du foot, elle est là, sous le pied gauche de Terry qui se dérobe. J’en ai beaucoup parlé avec mon professeur de théâtre. Il est d’accord et envisage de monter une pièce qui s’intitulerait : La glissade de Jojo. Ça ressemblerait à du Courteline, mais avec un ballon. Fort, hein ? Mais je ne veux pas vous raconter ma vie... Pendant des mois, John a subi les attaques de la presse de caniveau. Et Capello n’a rien trouvé de mieux que de lui retirer le brassard de capitaine à la veille du début de la Coupe du Monde. Gestion absolument désastreuse, et je pèse mes mots. Moi, à la place du bouffeur de pâtes, je lui aurais donné deux brassards ! On reste des hommes avant tout, faut pas négliger le facteur humain. Du coup, Terry a fait ce qu’il a pu, et il s’est plutôt pas mal débrouillé, je trouve. Vous avez vu le niveau de Gerrard ? A côté, John, c’était Pelé. Je vais vous confier un secret : si je devais revenir dans le foot, je pense que mon choix se porterait sur l’Angleterre. Là-bas, un duel aérien, c’est comme deux Spitfire qui se rentrent dedans au dessus de la Manche. Et personne ne vient pleurer auprès de l’arbitre ensuite. Terry, pour moi, c’est un condensé de tout ça, l’élégance un peu bourrine à l’anglaise. Mais qui cache un grand cœur, n’en doutez pas. »

Müller « Pour le symbole »

« Sur le plan du jeu, honnêtement, et contrairement à tout le monde, je n’ai pas été emballé par cette équipe d’Allemagne. Tous ces garçons qui se jettent à l’assaut, ces ailiers qui débordent et centrent, ces buts, c’est mignon cinq minutes, mais après… Ben ça arrive cramé aux portes de la finale où ça coince contre les Espagnols. En 2002, avec un jeu beaucoup moins offensif, les Allemands sont allés plus loin. Eh oui ! Par contre, comme tout le monde, j’ai bien vu le symbole. J’en discutais dernièrement avec Bégaudeau. Y’avait des noirs, y’avait des Turques, y’avait des roux. Et tous ces gars si différents vivaient en parfaite harmonie. Si chaque mec fait un petit effort, le vivrensemble devient réalité. C’est évidemment un bel exemple pour la nation entière. Moi, toutes ces critiques du multiculturalisme, ça me consterne. Il faudrait qu’Alain Finkielkraut sorte un peu de chez lui ! Il y a encore beaucoup de racisme en France. Moi, quand j’avais le choix entre un joueur de couleur et un joueur pas de couleur, ben je ne me posais pas la question : je mettais le joueur de couleur. Juste pour embêter Finkielkraut. De mes années passées à la tête de l’équipe de France, c’est sans doute ce dont je suis le plus fier. Et une victoire contre les Lettons vaut bien un buffet hallal, non ? Les Allemands ont tout compris plus vite que nous, comme d’habitude. Il faut que nous retrouvions l’esprit de 1998. Sinon, moi le fils de républicain catalan, je vous le dis : le fascisme de la bête immonde est dans le ventre fécond de la République ! Quand j’ai dit ça à Bégaudeau, il avait l’air d’accord. Du reste, avec les Bleus, j’étais un peu comme lui face aux élèves, dans Entre les murs. Bon, pour revenir aux Allemands, je pense que Müller a été et leur révélation et leur meilleur joueur. Il est beaucoup trop jeune et n’a pas gagné assez de titres ? OK, mais il porte un nom que j’aime bien, et puis j’ai de compte à rendre à personne. La liste, c’est moi qui la fais. »

Maradona « Mon frère »

« Oui, je sais, il ne joue plus. Mais il est bien question de remettre également un trophée de meilleur entraîneur, non ? Européen ? Ouais, ben c’est pas grave. Je lui offre l’asile politique, moi, à Diego. On avait échangé des mots lors d’un match amical France-Argentine à Marseille. Je lui pardonne, je ne suis pas un homme rancunier. La vie est trop courte, vous savez. Ce que j’aime chez Diego, c’est qu’il disposait sans doute de la meilleure équipe d’Argentine de tous les temps, avec Milito, Messi, Zanetti, Cambiasso, Agüero, Tévez, Verón, Mascherano, Di Maria, et qu’il a réussi à se prendre un 4 – 0 par l’Allemagne. Au fond, on est pareils : pour nous, le plus important, ce n’est pas le résultat, c’est la vie de groupe. Nos méthodes divergent, soit. Lui, il insiste sur le côté affectif. Moi, je mise sur la psychologie. Le schéma tactique, rien que le nom, ça fait peur. On a beaucoup glosé sur ma fixette des deux milieux récupérateurs évoluant dans la même zone et fanatiques des passes en retrait. Comme dirait Marco Materazzi : « Me ne frego ! » Et puis, vous avez vu, durant cette Coupe du Monde, Messi jouait exactement comme Ribéry : je choppe le ballon, je m’enfonce dans la défense, je perds le ballon. On a en commun cette faculté de transformer d’excellents joueurs en kamikazes désorientés. Voyez ce que j’ai fait de Gourcuff… Ça, c’est pas donné à tout le monde, croyez-moi. Avec la presse, on a agi un peu de la même manière. Moi, quand on me demandait : « Pourquoi Sagna ? », je répondais : « J’aime les papillons bleus ». Diego, quand on l’interrogeait sur le positionnement de Messi, il balançait : « Puta madre puta madre ». C’est qu’on a lu Tristan Tzara et les surréalistes, nous, pas comme ces incultes de journalistes. D’ailleurs, en parlant des surréalistes, y’a un poème d’Aragon que j’aime beaucoup. Ça commence comme ça : « Et si c’était à refaire / Je referais le chemin » Eh bien, oui, je ne regrette rien. Diego non plus. »

Loïc Lorent



Toutes les réactions (1)

1. 05/01/2011 09:42 - J.

J.Et David Trezeguet, pour la blague. "Sans rancune David, hein, et désolé pour ta carrière."

Ring 2012
Loïc Lorent par Loïc Lorent

Loïc Lorent est romancier et pamphlétaire.

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Et David Trezeguet, pour la blague. "Sans rancune David, hein, et désolé pour ta carrière."

J.05/01/2011 09:42 J.
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